A Megève, le luxe ne connaît pas la crise

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ève, le 19 décembre 2012 (Photo : Jean-Pierre Clatot)

[22/12/2012 21:21:15] MEGEVE (AFP) Au pied du massif du Mont Blanc, la très chic station de Megève, lieu de villégiature des grandes fortunes mondiales depuis des décennies, ne connaît pas la crise, mais compte bien rester discrète.

“La crise ? Laquelle ? Ici on ne connaît pas”, s’exclame Karine Lopez, responsable d’un magasin haute couture situé dans le centre de la station de ski de Megève (Haute-Savoie) couverte de neige à quelques jours de Noël.

L’enseigne, dont les robes de satin décolletées attendent les premières clientes, ne se fait guère de soucis pour son chiffre d’affaires, tout juste concède-t-elle que l’ambiance est un “peu morose”. Rien en tout cas qui puisse affecter le commerce, souligne la responsable dont l’avis est partagé par les nombreuses boutiques de luxe qui jalonnent les rues piétonnes de la station à la renommée internationale.

Grands chefs d’entreprises européens, riches industriels russes ou encore princes arabes figurent parmi la clientèle privilégiée de la station, fréquentée dès les années 1910 par la famille Rothschild, qui, en créant le premier hôtel cinq étoiles de Megève, lui donna ses lettres de noblesse.

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ôtel cinq étoiles de Megève, le 19 décembre 2012. (Photo : Jean-Pierre Clatot)

L’ hôtel a été rejoint depuis par quatre autres établissements de ce type, un restaurant trois étoiles et une quantité de chalets “cartes postales” aux intérieurs décorés avec faste, qui ont contribué à faire “grimper le prix du m2 de 10% par an depuis plus d’une dizaine d’années”, selon l’agence immobilière spécialisée dans le très haut de gamme John Taylor, ouverte il y a tout juste un an.

Les demeures de luxe édifiées sur les pentes du Mont d’Arbois atteignent en moyenne 25.000 euros le m2, rapporte ce spécialiste pour qui le marché de “l’ultra-luxe” a préservé la station de la crise.

“On ne vend rien en dessous de deux millions d’euros car la très grande demande concerne des biens autour des 5 millions et plus”, constate le négociateur immobilier Costas Dambassinas, qui, à ce prix-là, offre une visite en hélicoptère des constructions nichées à l’abri des regards.

– 80.000 euros la semaine, voire le double –

Dans son catalogue sur papier glacé, un chalet à la discrète façade de bois et de lauzes comprenant cinq suites, une piscine intérieure transformable en piste de danse, deux voitures, un service de majordomes… se loue en moyenne 80.000 euros la semaine, alors que le plus cher, doté entre autres d’une salle de cinéma, atteint plus du double.

“Aujourd’hui le très haut de gamme c’est ce qui part le mieux grâce à la clientèle étrangère de plus en plus présente dans la station”, constate le gérant de l’agence, Pierre Deleuse, qui reconnaît rencontrer davantage de difficultés avec des biens “plus modestes”.

“Il y a quelques années, il était politiquement incorrect de montrer qu’on avait de l’argent. On sentait que nos clients, non pas qu’ils avaient moins d’argent, mais parce qu’ils ressentaient une forme de culpabilité, se restreignaient”, remarque Frédéric Vepierre, directeur général de l’hôtel 5 étoiles Le Fer à Cheval.

“Aujourd’hui ce n’est plus le cas, la crise dure et ils veulent continuer à vivre normalement. Plus les chambres sont chères plus elles se vendent rapidement”, ajoute le responsable.

Pour l’hôtelier, “le raffinement et la retenue” de Megève est un atout pour les grandes fortunes qui veulent rester cachées, à l’inverse de Courchevel, connue pour ses excentricités.

“La clientèle est exigeante mais pas exubérante. Ce qu’elle veut surtout, c’est ne pas être importunée”, souligne Karine Lopez qui va jusqu’à organiser des défilés au domicile de ses clientes pour leur éviter d’être vues dans le magasin.

“Cette image de luxe nous colle malheureusement trop à la peau”, regrette pourtant un responsable de la station. “Aujourd’hui on oublie presque le ski”, déplore-t-il alors le prix du forfait figure parmi les moins chers au vu du nombre des pistes proposées.