
« 80 % des problèmes actuels sont liés à l’approvisionnement en plants de vigne. C’est le cœur du blocage », affirme Samih Dardouri. Le manque de plants adaptées freine le renouvellement des parcelles et la montée en qualité des productions.
Autre point critique : les produits phytosanitaires. « Les pesticides et traitements disponibles sur le marché sont peu efficaces. Les viticulteurs nous le signalent régulièrement. Il faut élargir la gamme et proposer des solutions adaptées », insiste-t-il.
Une législation en décalage
Mais au-delà des enjeux techniques, c’est le cadre réglementaire qui cristallise les frustrations. « Certaines lois sont devenues obsolètes et constituent des obstacles », déplore-t-il.
Un exemple emblématique : l’interdiction de conditionner le vin autrement qu’en bouteille en verre. « Pourtant, il existe plusieurs alternatives plus économiques et plus respectueuses de l’environnement, comme le Bag-in-Box », explique-t-il. Ce format, déjà exporté vers l’Allemagne, le Japon, le Brésil et plusieurs pays européens, permet une meilleure conservation et une logistique simplifiée. « C’est un produit tunisien reconnu à l’international », souligne-t-il.
Mais la loi tunisienne impose que le timbre fiscal soit appliqué sur une capsule métallique placée sur le goulot d’une bouteille, excluant de facto les autres formats. « Une simple languette en papier collée sur l’emballage suffirait. Il faudrait simplement que quelqu’un se penche sérieusement sur cette question », plaide Dardouri.
Des démarches en cours, mais lentes
Interrogé sur les tentatives de réforme, Samih Dardouri confirme : « Cela fait plusieurs années que nous avons soulevé le problème, notamment lors de pénuries de capsules. On nous répond que, la loi est ainsi faite, et que seul le Parlement peut la modifier. Cela prend du temps. »
Malgré les lenteurs, il reste mobilisé : « Je suis actuellement en train de nouer des contacts pour relancer ce dossier. Il faut juste un peu de temps et de volonté. »
Une consommation encadrée… parfois trop
Sur un tout autre volet, certaines règles de consommation mériteraient d’être clarifiées. «En Tunisie, on peut acheter du vin, mais il est théoriquement interdit de le transporter dans son véhicule», explique-t-il. Une situation paradoxale, tolérée dans les faits pour les particuliers. « Personne ne transporte une palette de vin dans sa voiture. Ce n’est donc pas un vrai problème, mais cela montre que certaines lois mériteraient d’être clarifiées. »
Qu’en est-il de la rentabilité dans le secteur ?
Aujourd’hui, les coûts de production sont tels que les viticulteurs ne gagnent pratiquement plus rien. “Nous sommes à l’équilibre, voire en déficit. Si de nouvelles taxes ou charges s’ajoutent périodiquement, nous ne pourrons plus produire ce type de vin. Les prix des raisins de vigne augmentent et le consommateur ne peut plus se permettre d’acheter une bouteille de vin basique. Il se tourne alors vers des alcools forts, moins chers”.
Le vin joue un rôle fondamental dans le secteur agroalimentaire rappelle M. Dardouri, Son développement permet non seulement d’exporter, ce qui génère des devises pour le pays, mais aussi de créer de nombreux emplois. “Si nous doublons simplement la superficie des vignobles, cela aurait un impact immédiat sur l’emploi. Malheureusement, cette superficie est en diminution”.
Rentabilité en berne : un secteur sous pression
Malgré son potentiel, le secteur viticole est en récession. « Aujourd’hui, les coûts de production sont tels que nous ne gagnons pratiquement plus rien. Nous sommes à l’équilibre, voire en déficit », alerte Samih Dardouri, Directeur Général des Vignerons de Carthage.
La hausse des prix des intrants et en prime le raisin de vigne pèse lourdement sur les marges. « Si de nouvelles taxes ou charges sont décrétées, nous ne pourrons plus produire du vin accessible à monsieur tout le monde », prévient-il. La pression économique se répercute également sur le consommateur.
A bon entendeur
A.B.A
EN BREF
- Crise d’approvisionnement : 80 % des problèmes opérationnels du secteur sont liés aux difficultés d’accès aux plants de vigne.
- Rigidité réglementaire : L’interdiction du format Bag-in-Box sur le marché local, due aux modalités d’application du timbre fiscal, freine une alternative écologique et économique majeure.
- Rentabilité critique : La hausse des coûts des intrants et du raisin pousse les viticulteurs vers un seuil de rentabilité nul ou déficitaire.
- Potentiel à l’export : Malgré les contraintes, les vins tunisiens (notamment en BiB) s’exportent vers des marchés clés comme l’Allemagne, le Japon et le Brésil.
- Enjeu d’emploi : Le secteur viticole est un moteur agroalimentaire ; l’extension des surfaces de vignobles (actuellement en baisse) stimulerait immédiatement l’emploi et les réserves en devises.
- Lire aussi (article publié en Juillet 2008) : Le secteur viticole tunisien : L’UCCV, la grosse machine



