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Le logo du groupe espagnol d’énergie Iberdrola, le 20 avril 2007 à Madrid (Photo : Philippe Desmazes)

[04/04/2008 15:03:42] MADRID (AFP) La guerre entre les groupes électriques Iberdrola et EDF a tourné un peu plus au vinaigre vendredi, le français, qui aimerait peut-être acheter l’espagnol, contestant une décision judiciaire défavorable alors que l’espagnol, opposé au rachat, veut le forcer à la respecter.

Dans la matinée, le groupe français a annoncé qu’il entamait des recours contre une décision d’un tribunal de Bilbao (nord de l’Espagne) du 26 mars qui l’obligeait à dire si oui ou non, il était en train de préparer l’acquisition de tout ou partie de l’électricien espagnol.

“EDF, qui n’a pas pu exercer ses droits à la défense, conteste la décision du tribunal de commerce de Bilbao et a engagé un recours”, a déclaré à l’AFP un porte-parole d’EDF.

Iberdrola a rapidement réagi en annonçant qu’il allait tout faire pour forcer EDF à dévoiler son jeu. “Iberdrola a l’intention de poursuivre les procédures opportunes pour rendre effectives les mesures ordonnées par le jugement, face au non respect par EDF de son obligation”, a déclaré à l’AFP un porte-parole.

L’espagnol, qui ne précise pas la nature de ces procédures et attend de lire les arguments d’EDF, a également déclaré que le recours français “n’affecte ni ne suspend en aucun cas l’effectivité des mesures”, et qu’il attendait qu’EDF annonce ses intentions.

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Le logo d’EDF (Photo : Bertrand Guay)

L’affaire est en train de prendre une sérieuse tournure contentieuse, jamais favorable aux fusions, et EDF a pu constater une fois de plus l’hostilité farouche d’Iberdrola à ses supposés projets.

Le dossier d’une éventuelle OPA d’EDF sur l’espagnol est devenu un nouveau serpent de mer de la scène énergétique européenne, sur laquelle les grands groupes cherchent à croître en taille à coup d’acquisitions multimilliardaires.

EDF est “le” géant électrique du continent. Groupe public à 85%, il est notamment présent dans tous les grands pays d’Europe occidentale (Allemagne, Italie, Royaume-Uni), sauf l’Espagne, un marché qui l’intéresse.

Iberdrola est le quatrième groupe électrique européen par capitalisation (près de 49 milliards d’euros), et l’un des plus dynamiques. Il est devenu un des leaders mondiaux des énergies renouvelables et a récemment pris une forte dimension internationale, notamment en achetant Scottish Power au Royaume-Uni.

En février, EDF a reconnu avoir mené des discussions exploratoires avec un des actionnaires d’Iberdrola, le groupe de BTP ACS, et a déclaré qu’il ne se lancerait dans une opération que s’il était le bienvenu.

Cette attente vise notamment le gouvernement espagnol, particulièrement attentif aux rachats d’entreprises espagnoles dans ce secteur stratégique.

En guise de bras ouverts, EDF a été préventivement accueilli à boulets rouges par Iberdrola.

“Il est clair qu’EDF n’est pas le bienvenu”, avait déclaré le 20 février son patron Ignacio Sanchez Galan, qui veut poursuivre ses propres plans de développement et critique toute intrusion d’un groupe public dans ses affaires.

L’espagnol a depuis déposé plusieurs plaintes devant l’Union européenne, accusant notamment l’Etat français de blinder de manière illicite le capital d’EDF. EDF a supporté les salves stoïquement. Officiellement du moins, car il semble qu’en coulisse son PDG Pierre Gadonneix se soit aussi montré incisif.

Selon le quotidien espagnol ABC de jeudi, il a écrit à M. Sanchez Galan en ces termes le 28 mars: “le ton et le contenu de votre courrier (que M. Sanchez Galan lui aurait adressé, ndlr) m’a beaucoup surpris et m’oblige à vous dire qu’EDF dément toutes les accusations que vous lancez”.

 04/04/2008 15:03:42 – © 2008 AFP