Autoroutes Le président de la république a tout à fait raison quant il dit que les projets publics en stand bye  accusent du retard à cause de la multiplicité des études de leur faisabilité technico économique et de la tendance de l’administration à servir à travers leur éternelle révision des intérêts occultes.

Le cas du projet de l’autoroute Bousalem-frontière algérienne (75 kms),  un méga projet stratégique de 2,5 milliards de dinars, en est une illustration.

Les déclarations contradictoires des ministres qui se sont relayés à la tête du ministère de l’équipement, depuis dix ans,  disent long sur cette tendance fâcheuse à bloquer le projet par l’effet d’incompétence et de professionnalisme des responsables politiques et des bureaux d’études. Celles de deux d’entre eux méritent qu’on s’y attarde.

A défaut de concertation, l’étude fin prête en 2016, contestée par des agriculteurs riverains

La première déclaration a été faite en 2016, par Mohamed Salah Arfaoui. Il avait annoncé à l’époque que l’étude de faisabilité technico-économique du projet était fin prête et que ses résultats, particulièrement, en ce qui concerne l’itinéraire et le tracé de l’autoroute, ont été affichés pour avis, suggestions et réclamations à l’intention des communautés des zones que l’autoroute devrait traverser.

A l’époque, le plan du tronçon autoroutier a été, effectivement affiché au chef-lieu du gouvernorat de Jendouba, dans les bureaux des structures régionales de l’équipement, des municipalités, zones et délégations concernées (Bousalem, Bulla Régia, Fernana, Ain Elbaya…).

Les citoyens concernés n’ont pas manqué de réagir à cette étude. Une soixantaine d’agriculteurs et de particuliers de la zone Balta-Bouaouane (proximité de Bousalem) ont contesté le tracé retenu dans l’étude.

Dans une pétition, ils ont considéré que ce tracé (tracé nord) porte préjudice à leurs intérêts : arrachage d’oliveraies, démolition d’habitations, condamnation de centaines d’hectares de terres fertiles irriguées… Ils ont déploré particulièrement, leur non consultation par les ministères de l’agriculture et de l’équipement et réclament le retour au «tracé sud» qui serait moins long (économie de 8 kms) et partant moins coûteux pour le contribuable.

Les études ne seraient pas encore achevées

Depuis, le ministère de l’équipement a instauré un black out sur le projet. C’est seulement, le 18 avril 2026, c’est –à-dire dix ans après,  que l’actuel ministre de l’équipement, Slah Zouari, a daigné dépoussiérer le dossier et en parler.

En visite dans le gouvernorat de Jendouba, le ministre a notamment annoncé que les études de faisabilité de l’autoroute ont atteint des stades avancés et que ce projet a été retenu pour figurer parmi les principales priorités du plan de développement 2026-2030.

La question qui se pose dès lors est de savoir de quelles études parle le ministre, dans la mesure où on savait que les études de faisabilité technico économiques ont été achevées en 2016.  S’agit-il de nouvelles études qui viennent remplacer celles effectuées par le bureau d’étude STUDI? S’agit-il d’éventuelles études sur le changement d’itinéraire du projet ? Normalement, le ministre aurait du donner plus de précisions.

L’autoroute Bousalem-frontière algérienne ne serait opérationnelles qu’en 2040 !!!

Par ailleurs, lorsque le ministre Zouari dit que le projet figurera parmi les priorités du plan 2026- 2027, cela signifie qu’on va commencer à réfléchir de nouveau sérieusement sur le projet. Est-il besoin de rappeler ici que le processus de conception de projets de cette dimension dure en moyenne en Tunisie une quinzaine d’années : 5 ans pour l’élaboration des études, 5 ans pour le recherche d’un financement et 5 ans pour l’exécution.

Comprendre : le projet de l’autoroute Bousalem-Frontière algérienne ne sera, en théorie  opérationnelle,  que dans une quinzaine d’années, c’est-à-dire vers 2040 avec l’exigence de réunir deux pré-requis majeurs : stabilité politique et croissance soutenue. Conséquence : le projet aura mis ainsi au total une trentaine d’années pour voir le jour.

En dépit de la dimension hautement stratégique du projet, ce dernier lot de la partie que la Tunisie s’est engagée à réaliser dans le cadre de lautoroute trans-maghrébine qui devrait traverser, dans le futur, la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye.

Ce projet de plus de 3500 kms, est retenue comme un «des 30 plus grands projets d’infrastructure dans le monde».

Apparemment, avec ce rythme de conception du projet, la Tunisie semble avoir choisi de rater ce mégaprojet.

ABOU SARRA

EN BREF

  • Projet : Autoroute Bousalem-Frontière Algérienne (75 km).
  • Coût : 2,5 milliards de dinars.
  • Statut : Bloqué depuis 2016 malgré des études initialement terminées.
  • Conflit : Opposition des agriculteurs au tracé Nord (perte de terres fertiles).
  • Échéance : Mise en service théorique estimée à 2040.