La Tunisie doit impérativement repenser son modèle de formation pour y intégrer l’intelligence artificielle (IA) et l’automatisation afin de s’adapter au rythme effréné des mutations technologiques mondiales, recommande un panel de haut niveau, réuni le 29 avril 2026 au siège de l’ALECSO.

Le débat lancé dans le cadre de la 3ème édition de la conférence internationale “Intelligence in Business and Industry”, intervient dans un paysage mondial en pleine mutation. Selon les données du Forum économique mondial, si 170 millions d’emplois devraient être créés d’ici 2030, environ 39 % des compétences actuelles deviendront obsolètes. En Tunisie, cette transition est d’autant plus cruciale que le pays affiche un taux de chômage de 22,5 % chez les diplômés du supérieur.

L’ère de l’IA impose désormais, selon les discussions engagées dans le cadre de ce panel, une montée en compétences axée sur la pensée critique, l’adaptabilité et la résolution de problèmes, une reconversion accélérée des profils professionnels, ainsi qu’une capacité d’apprentissage continu face à des métiers en constante évolution.

Cependant, la Tunisie reste confrontée à un écart significatif entre les formations théoriques et les compétences transversales exigées aujourd’hui. Les panélistes ont également pointé un “paradoxe tunisien” : en effet, malgré une production scientifique abondante, le pays peine à transformer ses recherches en brevets et en innovations industrielles concrètes. Pourtant l’enjeu est de taille : La Tunisie compte, selon le Directeur Général de l’APII, Omar Bouzouada, environ 5 000 entreprises industrielles employant 10 personnes et plus, représentant près de 520 000 emplois et générant environ 50 milliards de dinars de recettes d’exportation.

Des freins structurels à lever

Plusieurs obstacles ralentissent la transition numérique en Tunisie. Il s’agit, selon ce panel, d’une mentalité encore insuffisamment préparée aux transformations numériques rapides, d’un accès limité et fragmenté aux données, freinant l’innovation, et d’un manque de gouvernance coordonnée au sein de l’écosystème de l’innovation et de la formation.

Face à ces constats, et dans un souci de favoriser la capacité du tissu industriel national, à s’adapter aux évolutions technologiques, la stratégie industrielle à l’horizon 2035 place la transformation numérique et l’Industrie 4.0 au cœur de ses priorités.

Dans cette dynamique, plusieurs initiatives ont été mises en avant par l’APII, qui met en œuvre la politique de l’État dans le domaine industriel, notamment le lancement prochain de l’outil TIMA, destiné à distinguer un nombre ciblé d’entreprises engagées dans la transformation industrielle, la mise en place de masters spécialisés en intelligence artificielle, en partenariat avec le ministère de tutelle et l’ONUDI, le développement d’une plateforme d’autodiagnostic des entreprises, permettant d’identifier les besoins en formation et en digitalisation, ainsi que la création d’un hub Industrie 4.0, visant à fédérer les acteurs de l’innovation, de la recherche et de l’industrie.

En conclusion, les panélistes ont appelé à une ouverture accrue de l’université sur son écosystème économique afin de réduire durablement le fossé entre les diplômes délivrés et les exigences de l’ère numérique.