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Des investisseurs dépités devant la chute des prix, à Shanghai, le 4 juin 2007 (Photo : Mark Ralston)

[06/06/2007 09:16:23] SHANGHAI (AFP) Depuis une semaine, l’internet chinois retentit de la fureur des petits investisseurs affolés par les deux récentes chutes de la Bourse de Shanghai dont ils rendent le gouvernement responsable.

Via les forums de discussions et chats sur internet, et même les messages SMS, le citoyen chinois vitupère, en particulier contre la mesure gouvernementale ayant mis le feu aux poudres: le triplement mercredi dernier de de l’impôt sur les transactions boursières, passé à 0,3%.

La mesure a largement été interprétée comme une tentative de freiner la spéculation boursière alors que depuis quelques mois les petits porteurs, faute de placements rémunérateurs, se sont rués sur les marchés financiers.

Résultat: la place de Shanghai a pris 130% l’an dernier et avait déjà atteint les 60% quand elle a s’est mise à dégringoler, de 6,5% le 30 mai, de 2,65% le 1er juin, de 8,26% le 4 juin.

Cette chute a effectivement tempéré la fièvre boursière puisqu’elle s’est accompagnée d’une baisse drastique du nombre d’ouvertures de comptes bourse: 197.324 nouveaux comptes ouverts lundi, contre 367.466 enregistrés le 29 mai.

“Les indices de Shanghai et Shenzhen ont plongé à pic à cause de l’impôt. Personne ne se souciait que le marché soit à la baisse pendant les cinq années de déconfiture mais les responsables officiels ont soudain été ennuyés de le voir à la hausse”, dit un internaute satirique.

Est critiquée aussi la façon dont la mesure a été annoncée, par un communiqué dans la nuit de mardi à mercredi, juste avant sa mise en oeuvre, et quelques jours après que le projet eut été démenti dans trois journaux.

“Soit les responsables officiels ont trompé les trois journaux financiers, soit les journaux ont trompé les investisseurs. Dans tous les cas, on a été trompé. Qui croire désormais ? C’est une crise de confiance! “, s’exclame un autre, sur un site d’investisseurs en ligne Guba.com.cn.

“La nouvelle de la hausse de la taxe a été divulguée furtivement”, ajoute-t-il.

En Chine, les autorités ont coutume de publier les informations financières sensibles le vendredi soir, parfois le samedi, pour donner au marché le temps de les digérer et d’en absorber l’impact psychologique.

Certains s’interrogent même sur la légalité du triplement de l’impôt “qui n’a été décidé par aucune procédure légale”.

Un ton qui tranche avec celui des médias, qu’il s’agisse de la télévision ou de la presse écrite, sous le strict contrôle des censeurs gouvernementaux.

“L’internet est devenu un important canal d’expression pour les gens ordinaires. Nulle part ailleurs, on ne peut voir tant d’opinions s’exprimer”, commente Yu Hai, sociologue de l’Université Fudan à Shanghai.

“La voix de ces millions de gens perdant de l’argent peut certainement affecter la prise de décision, notamment retarder ou affaiblir des mesures qui viseraient à freiner encore le marché”, ajoute-t-il.

Les analystes soulignent toutefois que la majorité des investisseurs en Bourse reste gagnants.

Seuls sont pénalisés les tout derniers venus sur le marché, juste entrés pour voir les indices chuter de 15% entre mercredi et lundi, avant leur timide rebond mardi et mercredi.

 06/06/2007 09:16:23 – © 2007 AFP