
Cette enquête comparative évalue le degré de transparence budgétaire, de participation citoyenne et de contrôle du budget de l’État dans 125 pays.
Les performances sont mesurées, pour chaque catégorie, à l’aide d’un indice allant de 0 à 100. En vertu de cet indice 0 correspond au niveau le plus faible de performance et 100 au niveau le plus élevé.
Parmi les 125 pays évalués, la Tunisie figure parmi les quinze pays les moins transparents. Au niveau du monde arabe, elle occupe la 7ᵉ position, devancée par la Jordanie (18 points), l’Égypte (35 points) et le Maroc (24 points).
Dans le détail, la Tunisie a obtenu un score de 11 en matière de transparence budgétaire (-5 points par rapport à 2023), de 6 pour la participation citoyenne (+2) et de 37 pour le contrôle du budget (+25).
Morale de l’histoire : avec de tels scores, la Tunisie se positionne parmi les moins performants de la région en matière de transparence.
A l’origine des contreperformances
L’enquête explique cette contre-performance, principalement par l’absence ou la publication tardive de documents budgétaires essentiels. Il s’agit entre autres du projet de loi de finances, du texte de loi de finances adoptée et des rapports de fin d’année.
Le rapport fait une mention spéciale pour l’absence de publication du rapport de la Cour des comptes sur le budget de l’État pendant deux exercices consécutifs.
Signalisation de quelques améliorations
Abstraction faite de ces contreperformances, l’enquête a relevé des améliorations en matière de participation citoyenne et de contrôle du budget.
Pour la participation citoyenne, la Tunisie enregistre une légère amélioration, mais son niveau demeure faible, traduisant une implication encore limitée des citoyens dans le processus budgétaire, malgré certaines initiatives positives, notamment de la Cour des comptes. Ces initiatives visent à renforcer l’interaction avec la société civile.
Pour le contrôle budgétaire, le score a progressé de manière significative. La Tunisie a obtenu 37 points, soit une augmentation de 25 points par rapport à 2023. Cette amélioration est principalement attribuée au renforcement du rôle du Parlement dans le contrôle, ainsi qu’à une meilleure exécution des missions de la Cour des comptes.
Les recommandations de l’enquête
Au rayon des pistes à explorer pour améliorer la transparence, l’approche participative et le contrôle du budget de l’Etat, l’enquête recommande moult réformes pour trois institutions de l’Etat : l’exécutif (ministère des Finances), le parlement et la Cour des Comptes (société civile).
Au ministère des finances, elle recommande :
- de publier une déclaration pré-budgétaire, le projet de loi de finances, le budget citoyen et le rapport de fin d’année, dans les délais réglementaires. Il lui est suggéré également de publier une revue de mi-année ;
- d’organiser des consultations publiques avant et/ou pendant l’élaboration du projet de loi de finances, avec la participation des citoyens et des organisations de la société civile, notamment à travers des audiences publiques sur le projet ;
- d’améliorer le contenu des rapports mensuels d’exécution et de la loi de finances, en fournissant des données détaillées par programme, dette et classification des dépenses ;
- de mettre en place des mécanismes pour renforcer l’accès des groupes les plus vulnérables à l’information budgétaire, notamment les personnes ne sachant pas lire ou n’ayant pas accès à Internet.
A l’assemblée des représentants du peuple (ARP), l’enquête recommande :
- d’associer les citoyens et organisations de la société civile aux débats, notamment à travers les séances d’audition et les discussions liées au budget ;
- d’examiner les rapports d’exécution mensuels, trimestriels et annuels, et de consulter le Parlement avant tout transfert ou réduction de crédits.
A la Cour des comptes, l’enquête, qui assimile cette institution à la société civile, recommande:
- de renforcer son indépendance à travers la nomination de son président par le Parlement;
- de mettre en place des mécanismes participatifs pour associer la société civile à l’élaboration de son programme de contrôle.
Et pour être plus ou moins complet sur le sujet, un mot concernant l’Enquête sur le Budget Ouvert (EBO). Cette dernière se démarque par le fait qu’elle est la seule mesure indépendante au monde de la transparence budgétaire, de la participation publique et du contrôle au niveau du gouvernement central.
Pour les fondateurs de cette enquête, la transparence aide le public à comprendre les priorités budgétaires du gouvernement ; les mécanismes de participation lui permettent de contribuer à ces priorités ; et le contrôle formel du budget par le corps législatif permet d’orienter et d’examiner les choix budgétaires, tandis que les institutions de contrôle évaluent la légalité, l’efficience et l’efficacité des dépenses publiques.
Abou SARRA
EN BREF
- Alerte Transparence : La Tunisie chute à 11/100, intégrant le top 15 mondial des pays les moins transparents.
- Bond du Contrôle : Une progression majeure de +25 points (score : 37/100) grâce au rôle accru du Parlement.
- Retard Documentaire : L’absence de publication des rapports de la Cour des comptes sur deux ans pénalise lourdement le score.
- Classement Régional : 7ème position dans le monde arabe, derrière le Maroc (24 pts) et l’Égypte (35 pts).
- Recommandation Clé : Institutionnaliser les consultations citoyennes avant l’élaboration de la Loi de Finances.


