La grève engagée le 1er septembre à la Compagnie des phosphates de Gafsa intervient alors que la Tunisie cherche à relancer sa production de phosphate. Le syndicat revendique une participation proche de 95 % au premier jour, mais aucune donnée publique ne permet encore de chiffrer précisément les pertes de production.

La Compagnie des phosphates de Gafsa traverse un nouveau conflit social au moment où la filière tente de retrouver une trajectoire de croissance. Les agents et cadres de la CPG ont entamé le 1er septembre une grève de trois jours, prévue jusqu’au 3 septembre. Selon la Fédération générale des mines, le taux de participation atteignait environ 95 % à 8 heures lors de la première journée. Ce chiffre reste toutefois une estimation syndicale et n’a pas été confirmé publiquement par la direction de l’entreprise.

Les revendications portent notamment sur l’application d’accords salariaux et sociaux, l’intégration au salaire de base d’augmentations accordées entre 2015 et 2017, ainsi que sur plusieurs droits financiers. La situation financière de la CPG fait également partie du débat.

Une perturbation difficile à chiffrer

Pour l’économie tunisienne, l’enjeu dépasse le conflit social lui-même. La question centrale est de savoir dans quelle mesure trois jours de grève peuvent perturber l’extraction, le lavage, le transport et l’expédition du phosphate.

À ce stade, les sources accessibles ne permettent pas de répondre précisément. Aucun bilan officiel ne détaille le volume de phosphate non extrait ou non traité, l’état des stocks ni la capacité de la compagnie à rattraper ensuite une partie de la production.

Il serait donc imprudent de convertir mécaniquement trois jours de grève en tonnes perdues. Une partie des volumes peut éventuellement être rattrapée après la reprise, tandis que des difficultés de transport ou de traitement pourraient au contraire prolonger les effets de l’arrêt.

Une filière déjà sous pression

Cette incertitude intervient alors que la CPG reste engagée dans une relance progressive. La compagnie a produit environ 3,9 millions de tonnes de phosphate en 2025, selon des données communiquées par sa direction. Pour 2026, l’objectif présenté est d’environ 4,5 millions de tonnes.

À plus long terme, la stratégie annoncée vise 9,4 millions de tonnes à l’horizon 2035, avec près de 2,7 milliards de dinars d’investissements envisagés.

Dans le même temps, les exportations tunisiennes du secteur « mines, phosphates et dérivés » ont reculé de 11,9 % sur les sept premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025.

Le coût réel de la grève dépendra donc de plusieurs facteurs : volumes effectivement arrêtés, fonctionnement des laveries et centres de chargement, disponibilité des stocks, transport ferroviaire et capacité de rattrapage après le 3 septembre.

En l’absence de données opérationnelles de la CPG, un chiffre précis de perte en tonnes ou en dinars relèverait encore de l’estimation. Le véritable indicateur sera la vitesse de reprise de la production et des expéditions après la fin du mouvement.

Chiffres clés

  • 3 jours : durée prévue de la grève, du 1er au 3 septembre 2026.
  • ≈95 % : taux de participation annoncé par le syndicat au premier jour.
  • 3,9 millions de tonnes : production de phosphate de la CPG en 2025.
  • 4,5 millions de tonnes : objectif de production présenté pour 2026.
  • 9,4 millions de tonnes : objectif à l’horizon 2035.
  • 2,7 milliards de dinars : investissements envisagés pour la stratégie de développement.
  • -11,9 % : évolution des exportations « mines, phosphates et dérivés » sur les sept premiers mois de 2026.

Le 3 septembre ne donnera pas nécessairement le bilan économique de la grève. Les données à surveiller seront celles des jours suivants : reprise effective des sites, tonnages de phosphate commercial, approvisionnement du Groupe chimique, fonctionnement du transport et calendrier des expéditions.

La CPG ne joue pas simplement trois jours de production. Elle joue sa capacité à empêcher qu’un conflit social ponctuel ne devienne un nouvel obstacle à une trajectoire industrielle déjà difficile à tenir.