Abdelbasset EssammariLa rencontre du 31 août 2026 entre le président Kaïs Saïed et le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a ravivé un débat central : celui d’un partenariat Tunisie–Union européenne à réévaluer et à rendre plus équilibré. Mais avant de renégocier un accord vieux de trois décennies, il faut établir un diagnostic incontestable, fondé sur des statistiques complètes et comparables.

Des chiffres divergents, un constat commun

En 2025, selon l’INS, la Tunisie a exporté pour 63,7 milliards de dinars et importé pour 85,5 milliards, soit un déficit commercial de 21,8 milliards. L’UE absorbait 69,9 % des exportations tunisiennes et représentait 43,7 % des importations.

De son côté, la Commission européenne estime que l’UE représentait 59,5 % du commerce total tunisien, recevait 73,2 % de nos exportations et fournissait 49,6 % de nos importations. Les échanges de marchandises atteignaient environ 26 milliards d’euros.

Ces écarts méthodologiques montrent qu’il est temps d’aller plus loin que la seule balance commerciale classique.

Publier une balance Tunisie–UE selon le BPM6

Le BPM6, manuel international de la balance des paiements, intègre biens, services, revenus et flux financiers. C’est essentiel pour la Tunisie, car notre relation avec l’Europe dépasse largement les marchandises.
Il faut inclure :

• tourisme et transport,
• services numériques et ingénierie,
• revenus des investissements et dividendes,
• transferts des Tunisiens résidant en Europe,
• investissements directs et flux financiers.

L’UE elle-même indique que les échanges bilatéraux de services représentaient déjà 5,8 milliards d’euros en 2024, avec un solde favorable à la Tunisie.

Avant de renégocier, établir le vrai bilan

Un audit indépendant de l’Accord d’association de 1995, accompagné d’un compte économique Tunisie–UE selon le BPM6, permettrait de répondre à des questions clés :

• Combien la Tunisie exporte-t-elle réellement en biens et services ?
• Quels revenus d’investissements quittent le pays ?
• Quels transferts des Tunisiens établis en Europe entrent en Tunisie ?
• Quels investissements européens créent de la valeur ajoutée et des emplois ?

  • Au final, quel est le véritable solde économique et financier de notre relation ?

Vers une alliance d’investissement et de production

L’objectif n’est pas de rompre avec l’Europe ni de chercher des responsables extérieurs, mais de transformer la relation :

• moins de prêts, davantage d’investissements ;
• moins de sous-traitance, davantage de coproduction ;
• moins d’importation technologique, davantage de transfert de savoir-faire ;
• plus d’énergie, d’industrie, de recherche et de valeur ajoutée produite en Tunisie.

Après trente et un ans, il est temps de revoir l’accord. Mais surtout, il est temps de revoir la manière dont nous mesurons notre relation avec l’Europe.

On ne renégocie pas sérieusement un partenariat stratégique avec des statistiques partielles. Commençons par établir une balance complète Tunisie–UE selon le BPM6, puis négocions sur la base des faits.

Par Abdelbasset Sammari