
Intitulé « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de la Tunisie dans un monde fragmenté », ce rapport concocté dans le cadre des Perspectives économiques en Afrique 2026, dresse un diagnostic de la situation macroéconomique tunisienne et explore les pistes qui permettraient à la Tunisie de financer son développement, tout en prenant en compte un contexte international peu favorable marqué, entre autres, par le rétrécissement des ressources de financement et par la fragmentation croissante de l’économie mondiale.
En dépit de quelques progrès en 2025 l’économie tunisienne demeure très fragile
Evaluant l’évolution, en 2025, de l’économie tunisienne, les auteurs du rapport relèvent que « la croissance tunisienne a connu une reprise fragile en 2025, portée par l’agriculture et le tourisme, sans que celle-ci ne suffise à enclencher une véritable dynamique de rattrapage.
Le rapport devait passer en revue un ensemble d’indicateurs :
- Le PIB réel a progressé de 2,5%, contre 1,5% en 2024, un rythme jugé insuffisant pour résorber le chômage (15,2% fin 2025 et 38,4% chez les jeunes de 15 à 24 ans) et réduire le taux de pauvreté, estimé à 18% de la population.
- Le niveau d’investissement, estimé à environ 16% du PIB, reste un enjeu central alors que le seuil jugé nécessaire pour une contribution significative à la croissance est de 25% ».
- Le déficit public a été ramené à 5,2% du PIB (dons inclus) ,
- La dette publique demeure élevée (82,1% du PIB) en lien avec d’importants besoins de financement, financés principalement par des ressources domestiques faute d’accès suffisant aux financements extérieurs concessionnels.
- L’inflation a reculé jusqu’à atteindre 4,9% en fin d’année, reflétant l’atténuation des chocs de prix internationaux et les effets du resserrement monétaire engagé les années précédentes.
A court terme, l’économie tunisienne d’être impacté par l’aggravation du déficit énergétique
Au rayon des perspectives pour 2026-2027, le document fait remarquer qu’elles « restent marquées par des risques importants, en premier lieu le conflit au Moyen-Orient, qui a renchéri les factures énergétique et alimentaire, alors que la Tunisie demeure fortement dépendante des importations dans ces deux domaines.
Autre fragilité signalée par le document, le taux élevé de la pression fiscale (25,9% du PIB en 2025). Pour la BAD cette pression « masque une architecture fiscale déséquilibrée, dominée par les impôts indirects (droits de douane, TVA), alors que le secteur informel (37% du PIB échappe largement à l’impôt et à la protection sociale. Le rapport nous informe que le potentiel budgétaire lié au manque à gagner fiscal est estimé à 4,2% du PIB.
Les créneaux à optimiser pour relancer l’économie
Le rapport de la BAD devait énumérer les pistes à explorer pour redresser l’économie tunisienne. Globalement, il met l’accent sur l’urgence d’entreprendre trois réformes majeures.
- La première consiste à élargir l’assiette fiscale et la digitalisation de l’administration fiscale;
- La seconde porte sur la formalisation progressive de l’économie informelle via les paiements numériques et la facturation électronique ;
- La troisième se propose d’améliorer la gestion des finances publiques et de la transparence budgétaire.
- Le rapport propose en outre, une meilleure valorisation du capital naturel du pays (phosphates, énergies renouvelables, agriculture, tourisme…) et d’une réallocation des transferts de la diaspora (estimés à 6,5% du PIB) vers des investissements productifs.
Pour mener à terme avec succès ces réformes, la BAD insiste sur l’enjeu d’améliorer le climat des affaires afin d’attirer plus d’IDE (estimés à 2% du PIB).
Financements : les besoins de la Tunisie sont estimés à 4,5 Mds de dollars par an
Le rapport devait s’attarder sur le volet du financement de l’économie tunisienne. Le bailleur de fonds régional estime les besoins de financement de la Tunisie pour son développement à 4,5 Milliards de dollars (Mds$) par an pour rattraper le retard en matière de transformation structurelle à l’horizon 2030 (et un déficit de financement de 3,3 Mds$) alors que les financements externes sont largement contraints.
La BAD a fait une mention spéciale pour le renforcement et l’intégration du système financier. Pour la BAD, les réformes à envisager en la matière constituent une priorité et auront pour objectifs : la transformation de l’épargne disponible en investissements productifs. Concernant le secteur bancaire, qui concentre l’essentiel du financement de l’économie, le rapport relève que ce secteur demeure globalement stable et engagé dans une convergence vers les standards de Bâle III et IFRS 9.
« Toutefois, note le rapport, son exposition croissante au financement de l’État (près de 35% des créances intérieures fin 2025) tend à évincer le crédit au secteur privé alors que le taux de créances classées reste élevé (14,7% en mars 2025) et que leur niveau de provisionnement est faible ».
Au sujet de l’inclusion financière, le rapport considère qu’elle est toujours limitée alors que le taux de bancarisation des adultes atteint environ 37%. Idem pour les marchés de capitaux, ces derniers restent, peu développés, avec une capitalisation boursière limitée à 19% du PIB, contribuant à 10% du financement de l’économie (contre environ 30% dans des économies comparables).
La solution pour la Bad serait de diversifier les canaux de financement et de recourir à d’autres sources de financement dont la finance islamique, les obligations vertes, la microfinance ou encore les paiements numériques.
Au plan institutionnel, la BAD recommande vivement une meilleure coordination entre les quatre régulateurs du secteur financier (Banque Centrale de Tunisie, Conseil du Marché Financier, Comité Général des Assurances et Autorité de Contrôle de la Microfinance), et l’accélération de l’intégration de la Tunisie aux systèmes de paiement régionaux de paiement et de règlement des transaction en mùo,,aie locale : PAPSS, système panafricain de paiement et de règlement et BUNA, système interarabe de paiement et de règlement) ainsi que l’optimisation de l’intégration à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Synthèse d’ABS
EN BREF
- Potentiel sous-exploité : La BAD appelle la Tunisie à compter sur ses ressources internes pour combler un manque à gagner fiscal de 4,2 % du PIB et financer son développement.
- Reprise fragile : Le PIB a progressé de 2,5 % en 2025 (contre 1,5 % en 2024), mais l’investissement (16 % du PIB) demeure très en dessous du seuil cible de 25 %.
- Pression sur le secteur privé : Les banques concentrent 35 % de leurs créances intérieures sur l’État, provoquant un effet d’éviction du crédit privé dans un contexte de dette publique à 82,1 % du PIB.
- Gisement financier informel : L’économie informelle représente 37 % du PIB ; sa formalisation par la digitalisation est jugée prioritaire.
- Besoins colossaux : Le pays nécessite 4,5 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour sa transformation structurelle, avec un déficit de financement annuel de 3,3 milliards de dollars.


