Le Sénégal et les services du FMI ont conclu un accord sur un programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars. Il reste soumis à l’approbation de la direction et du conseil d’administration du Fonds, dans un contexte marqué par la découverte de plus de 11 milliards de dollars de dette précédemment mal déclarée.

Le Sénégal se rapproche d’un retour sous programme avec le Fonds monétaire international. Le FMI a annoncé le 1er septembre un accord au niveau de ses services sur une nouvelle Facilité élargie de crédit de 36 mois, pour un montant de 1,5371 milliard de DTS, soit environ 2,2 milliards de dollars.

L’accord n’est cependant pas encore définitif. Il doit être approuvé par la direction du Fonds puis par son conseil d’administration. Dakar devra également satisfaire aux conditions liées au dossier de la dette mal déclarée et apporter des garanties suffisantes sur le financement du programme.

Le contexte rend cette négociation exceptionnelle. Les nouvelles autorités sénégalaises avaient révélé en 2024 l’existence d’importants engagements financiers qui n’avaient pas été correctement intégrés aux comptes publics sous l’administration précédente. Le FMI estime à plus de 11 milliards de dollars le montant de dette concerné, sur la base des données de fin 2023.

Cette découverte avait entraîné le gel de l’ancien programme FMI, d’un montant de 1,8 milliard de dollars, et profondément modifié l’évaluation du risque souverain sénégalais.

Une dette estimée à 132 % du PIB

Le FMI estime désormais la dette totale du secteur public à environ 132 % du PIB à fin 2024, un niveau qui place la soutenabilité de l’endettement au cœur du nouveau programme.

Le Fonds indique que les autorités sénégalaises ont l’intention de rechercher un « traitement de la dette » pour rétablir cette soutenabilité. Reuters rapporte de son côté que le ministère sénégalais des Finances évoque une restructuration dans un cadre renforcé.

La nuance est importante : les modalités précises ne sont pas encore détaillées publiquement. Elles pourraient porter sur les maturités, le coût du service de la dette ou d’autres concessions négociées avec les créanciers.

Le défi est d’autant plus complexe que l’économie sénégalaise affiche parallèlement une croissance soutenue. Le PIB réel a progressé de 6,7 % en 2025, porté notamment par la première année complète de production pétrolière. Mais la croissance hors hydrocarbures n’a atteint que 2,2 %, signe que l’amélioration des finances publiques ne peut pas reposer uniquement sur le pétrole.

Restaurer les comptes, mais aussi la confiance

Le nouveau programme doit donc agir sur plusieurs fronts : mobilisation accrue des recettes fiscales, maîtrise des dépenses, protection sociale ciblée et renforcement de la gouvernance budgétaire.

Après le scandale de la dette mal déclarée, la crédibilité des chiffres publics devient presque aussi importante que les chiffres eux-mêmes. Pour les investisseurs et les bailleurs internationaux, la capacité du Sénégal à suivre précisément ses engagements futurs sera déterminante.

L’enjeu dépasse enfin les 2,2 milliards de dollars du FMI. Un programme approuvé pourrait contribuer à débloquer ou faciliter d’autres financements auprès de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et de partenaires bilatéraux.

Pour Dakar, le retour du FMI serait donc autant une opération financière qu’une tentative de restaurer la confiance après l’un des épisodes budgétaires les plus sensibles de son histoire récente.

Les chiffres clés

– 2,2 milliards de dollars : montant approximatif du nouveau programme négocié avec le FMI.
– 36 mois : durée prévue de la Facilité élargie de crédit.
– 132 % du PIB : dette totale du secteur public estimée à fin 2024.
– Plus de 11 milliards de dollars : dette précédemment mal déclarée, selon l’estimation du FMI.
– 1,8 milliard de dollars : montant de l’ancien programme FMI gelé.
– 6,7 % : croissance du PIB réel en 2025.
– 2,2 % : croissance hors hydrocarbures en 2025.

À surveiller : l’approbation du conseil d’administration du FMI, les modalités exactes du traitement de la dette et les conditions exigées pour restaurer durablement la transparence budgétaire sénégalaise.