Le G20 parle puissance, industrie, énergie, intelligence artificielle et souveraineté. La Tunisie, elle, continue de perdre un temps précieux dans les vacances de postes, les dettes croisées, les projets suspendus et les arbitrages qui n’arrivent jamais. Notre problème n’est plus le manque d’idées. C’est l’incapacité à transformer une décision en action.
Le monde accélère.
La Tunisie temporise.
Le contraste devient impossible à masquer.
À l’approche du G20 de Miami, les grandes puissances discutent déjà de l’après : chaînes d’approvisionnement, compétition industrielle, énergie, intelligence artificielle, commerce, dette, souveraineté économique.
Chez nous, les sujets de la semaine racontent une économie beaucoup plus prosaïque : des institutions stratégiques sans direction ferme, des entreprises qui attendent d’être payées, des industriels qui doivent expliquer des retards, un grand projet urbain qui cherche encore son modèle financier.
Et heureusement, au milieu de tout cela, quelques entrepreneurs qui avancent.
Voilà le paradoxe tunisien.
Nous avons des compétences. Nous avons des projets. Nous avons des marchés. Mais nous perdons de la valeur entre l’idée et l’exécution.
L’État ne peut pas gouverner par intérim
Le premier signal est institutionnel.
Quand des structures publiques stratégiques restent durablement sans dirigeants confirmés, ce n’est pas une affaire de protocole administratif.
C’est un problème économique.
Un responsable provisoire gère.
Il arbitre moins.
Il engage moins.
Il réforme moins.
Il prend moins de risques.
À force de remplacer la décision par l’intérim, l’État fabrique lui-même de l’immobilisme.
La haute administration ne peut pas fonctionner comme une salle d’attente.
Un pays qui ne sait pas nommer à temps finit par décider trop tard.
Tout le monde se doit de l’argent, personne ne respire
Deuxième symptôme : les dettes croisées.
L’État doit aux entreprises.
Les entreprises publiques doivent à d’autres organismes.
La STEG attend ses paiements.
Le secteur privé attend ses factures et ses remboursements de TVA.
Et pendant ce temps, chacun doit continuer à payer banques, salaires, fournisseurs, cotisations et impôts.
La situation confine à l’absurde.
L’argent existe dans les comptes. Il manque dans les trésoreries.
Il est temps de traiter cette question pour ce qu’elle est : un problème de circulation du capital.
Recenser.
Certifier.
Compenser.
Payer les soldes nets.
La Tunisie n’a pas toujours besoin de nouveaux milliards.
Elle doit parfois simplement cesser d’immobiliser ceux qu’elle possède déjà.
Dans l’industrie, la fiabilité vaut désormais autant que le prix
Le dossier des uniformes néerlandais rappelle une règle brutale de l’économie mondiale.
Le client ne veut pas connaître nos difficultés.
Il veut sa commande.
À l’heure où les chaînes de valeur se redessinent, la Tunisie peut profiter de sa proximité avec l’Europe.
Mais le nearshoring ne repose pas sur la géographie.
Il repose sur la confiance.
Énergie fiable.
Logistique fiable.
Délais fiables.
Administration fiable.
Être proche de l’Europe ne sert à rien si l’on devient imprévisible.
Dans la nouvelle industrie mondiale, la fiabilité elle-même est devenue un produit.
Taparura : le pays des projets qui ne deviennent jamais tout à fait des chantiers
Taparura incarne une autre faiblesse.
Le terrain est là.
La dépollution a été réalisée.
Le potentiel est immense.
Mais le véritable projet urbain attend encore son modèle financier.
C’est toute la différence entre un projet et un investissement.
Un projet possède une ambition.
Un investissement possède un financement, un calendrier, des responsabilités, des contrats et un partage des risques.
Un terrain disponible n’est pas encore une ville. Une annonce n’est pas encore un chantier.
La Tunisie doit apprendre à fermer les dossiers.
Pas administrativement.
Économiquement.
Heureusement, il existe une Tunisie qui ne demande pas la permission d’avancer
Zaynart raconte l’autre pays.
Celui qui expérimente.
Celui qui investit ses propres moyens.
Celui qui mélange artisanat, pédagogie et réalité augmentée.
Celui qui transforme une idée en produit.
Une petite entreprise innovante dit parfois davantage sur le potentiel d’une économie que dix stratégies publiques.
Parce qu’elle rappelle l’essentiel :
la Tunisie qui gagne existe déjà. Notre défi est d’arrêter de lui compliquer la vie.
Le verdict
Le prochain G20 parlera puissance.
La Tunisie doit parler exécution.
Son agenda peut tenir en cinq verbes :
Nommer. Payer. Arbitrer. Exécuter. Libérer.
Nommer ceux qui doivent décider.
Payer ceux à qui l’État doit de l’argent.
Arbitrer avant que les dossiers ne pourrissent.
Exécuter avant que les projets ne vieillissent.
Libérer ceux qui produisent, exportent et innovent.
Car notre plus grand risque n’est peut-être plus le manque de capitaux.
Ni même le manque de compétences.
C’est le temps perdu.
Et dans l’économie mondiale qui arrive, le temps perdu ne se rattrape plus.
Il se paie.



