Alors qu’Alger et Niamey viennent de remettre le bloc pétrolier de Bilma au centre de leur coopération énergétique, la mutinerie survenue à Niamey ajoute une nouvelle variable à l’équation : le risque sécuritaire. Aucun projet n’est annoncé comme suspendu, mais l’instabilité pourrait peser sur le calendrier, les coûts et les conditions de développement des futurs investissements algériens au Niger.
Samedi 29 août, le ministre algérien des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, recevait le directeur général de la Société nigérienne de pétrole, Sonidep, pour examiner le renforcement du partenariat énergétique entre les deux pays. Parmi les dossiers évoqués : le développement du bloc pétrolier de Bilma.
Le lendemain, Reuters rapportait qu’une mutinerie impliquant, selon les médias d’État nigériens, plusieurs centaines de militaires avait secoué Niamey. Les forces loyales au régime ont repris le contrôle d’une importante base aérienne, tandis que l’Africa Corps russe a été sollicité en soutien. Reuters précise toutefois ne pas avoir confirmé indépendamment le nombre exact de mutins.
L’agence fait également état de tensions touchant des unités venues de zones où l’armée a subi de lourdes pertes face aux groupes jihadistes. Plus tôt en août, 18 militaires nigériens avaient été tués lors d’une attaque dans le sud-ouest du pays.
Pour l’Algérie, cette séquence ne signifie pas que Bilma est compromis. Aucun report, gel ou retrait de Sonatrach n’a été annoncé. Mais elle oblige à réévaluer le risque entourant une coopération pétrolière qui s’est fortement accélérée en 2026.
Kafra déjà engagé, Bilma encore à construire
Une distinction est essentielle. Le projet déjà entré dans une phase opérationnelle concerne Kafra, où Sonatrach et Sonidep ont lancé en août un programme de forage de quatre puits d’exploration.
Le potentiel déjà identifié à Kafra donne une idée de l’intérêt stratégique du Niger pour le groupe algérien. Sonatrach avait indiqué en 2022 que les travaux d’exploration avaient permis d’actualiser les volumes à environ 100 millions de barils d’huile en place en 2P.
Bilma se situe à un stade différent. Les discussions portent encore sur son développement et sa réévaluation. Les communications officielles consultées ne donnent ni montant d’investissement, ni calendrier ferme, ni objectif confirmé de production.
Le risque porte donc moins, à ce stade, sur l’interruption d’un chantier que sur la capacité à transformer Bilma en projet effectivement financé et sécurisé.
Une coopération devenue plus profonde
L’Algérie ne se limite plus à l’exploration. En juin, Sonatrach et Sonidep ont renforcé leur coopération technique à travers plusieurs accords. Puis, en août, les deux partenaires ont franchi une nouvelle étape avec la commercialisation conjointe d’une première cargaison de brut nigérien, chargée depuis le terminal de Sèmè, au Bénin.
Cette montée en puissance accroît mécaniquement l’exposition de Sonatrach au risque-pays.
Si les tensions persistent au sein de l’armée nigérienne, les investisseurs devront intégrer un coût supplémentaire : protection des équipes, sécurisation des équipements, contraintes logistiques, assurances et éventuels décalages de calendrier.
Bilma reste donc un pari énergétique prometteur, mais désormais plus politique. Pour Alger, le test sera double : confirmer l’intérêt économique du bloc et démontrer que son développement reste compatible avec un niveau de risque acceptable.


