La Tunisie a acheté 125 000 tonnes de blé tendre et 75 000 tonnes d’orge fourragère lors d’un appel d’offres international conclu jeudi 27 août. Cette nouvelle opération intervient alors que la récolte nationale s’est nettement redressée après plusieurs campagnes difficiles, sans toutefois supprimer une dépendance structurelle aux céréales importées.

Selon des négociants européens cités par Reuters, l’Office des céréales a acheté le blé tendre en cinq cargaisons de 25 000 tonnes chacune, au prix uniforme de 308,05 dollars la tonne, coût et fret compris. Le groupe Bunge aurait remporté l’ensemble des lots de blé, dont les expéditions sont prévues entre le 10 septembre et le 15 novembre, selon l’origine retenue.

Au prix communiqué par les opérateurs, la facture du seul blé atteint environ 38,5 millions de dollars. En ajoutant les 75 000 tonnes d’orge, l’ensemble de l’opération représente près de 60,4 millions de dollars, sur la base des prix rapportés par le marché.

Une production nationale très volatile

La dépendance tunisienne aux achats extérieurs s’explique d’abord par l’irrégularité de la production locale, fortement exposée à la pluviométrie.

Les données de l’Institut national de la statistique montrent que la production cumulée de blé dur, blé tendre et orge est passée d’environ 1,65 million de tonnes en 2020-2021 à 1,80 million en 2021-2022, avant de s’effondrer à seulement 539 000 tonnes en 2022-2023, campagne marquée par une sécheresse sévère. Elle s’est ensuite redressée à 1,15 million de tonnes en 2023-2024, puis à près de 1,99 million en 2024-2025.

Cette amplitude illustre la principale fragilité de la filière : en quatre ans, la récolte céréalière a pu varier du simple à près du quadruple.

Entre deux et trois millions de tonnes importées

En face, le recours au marché international reste massif. Pour la seule année 2024, l’Office des céréales fait état de 2,617 millions de tonnes importées : environ 1,412 million de tonnes de blé tendre, 601 000 tonnes de blé dur et 604 000 tonnes d’orge, pour une valeur proche de 2,28 milliards de dinars.

Sur les cinq dernières campagnes, les estimations de l’USDA confirment des besoins généralement compris entre 2 et plus de 3 millions de tonnes par an pour le blé et l’orge, avec un pic attendu lors des mauvaises récoltes. Pour 2023-2024, après l’effondrement de la production, l’USDA anticipait ainsi 2,2 millions de tonnes de blé et 900 000 tonnes d’orge importées.

Le redressement agricole réduit toutefois la pression : pour 2025-2026, l’USDA estimait la production de blé à environ 1,35 à 1,4 million de tonnes, soit près d’un tiers au-dessus de la moyenne des cinq années précédentes.

La nouvelle adjudication montre néanmoins que même une bonne récolte ne suffit pas à couvrir la consommation tunisienne. Pour Tunis, l’enjeu reste donc double : sécuriser des volumes sur les marchés mondiaux tout en réduisant l’exposition de la facture céréalière aux sécheresses, au fret et aux tensions géopolitiques.