Avec un déficit supérieur à 5 % du PIB, une dette à 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026 et une visibilité politique réduite, la France est désormais perçue par certains investisseurs obligataires comme une source de risque supérieure à l’Italie. Un renversement symbolique dans la hiérarchie du risque souverain européen.

Pendant des années, l’Italie incarnait presque mécaniquement le risque budgétaire en zone euro. Sa dette publique très élevée, ses crises politiques récurrentes et une croissance longtemps faible lui imposaient une prime de risque supérieure à celle de la France.

À l’été 2026, cette hiérarchie s’est brouillée. Les obligations françaises à dix ans ont, pendant une partie de la période, offert un rendement légèrement supérieur à celui des titres italiens de même maturité. Ce mouvement traduit une évolution de la perception des investisseurs : le niveau absolu de dette compte, mais sa trajectoire et la capacité politique à la maîtriser comptent tout autant.

La France reste pourtant moins endettée que l’Italie. Selon l’Insee, la dette publique française atteignait 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026, soit 3 536 milliards d’euros. En Italie, Eurostat l’évaluait à près de 139 % du PIB.

Mais l’écart budgétaire joue désormais en faveur de Rome.

En France, le déficit public a représenté 5,1 % du PIB en 2025 et la Commission européenne anticipait encore 5,1 % en 2026. À politique inchangée, il pourrait remonter en 2027. En Italie, le déficit devrait au contraire revenir autour de 2,9 % du PIB en 2026, malgré un endettement beaucoup plus lourd.

C’est cette divergence qui nourrit le malaise des marchés.

La politique accentue la prime de risque

À la fragilité budgétaire s’ajoute l’incertitude politique française. L’absence de majorité parlementaire stable complique l’adoption de mesures de redressement, tandis que la perspective de l’élection présidentielle de 2027 limite la visibilité sur la politique économique à moyen terme.

Pour les investisseurs, le problème n’est donc pas seulement la capacité de la France à honorer sa dette — qui n’est pas remise en cause à court terme — mais sa faculté à stabiliser durablement ses finances publiques.

Cette défiance peut finir par coûter cher. Lorsque les nouvelles obligations sont émises à des taux plus élevés, la charge d’intérêts augmente progressivement. La Commission européenne prévoit déjà une hausse du poids des intérêts de la dette française au cours des prochaines années.

Le renversement face à l’Italie ne signifie donc pas que Rome est devenue financièrement plus solide sur tous les critères. Il révèle plutôt un changement de regard : les marchés sanctionnent davantage les trajectoires jugées difficiles à corriger que les niveaux de dette eux-mêmes.

Pour Paris, le prochain test sera clair : convaincre que le déficit peut être réduit sans nouvelle crise politique. À défaut, quelques points de base d’écart avec l’Italie pourraient devenir le symptôme d’un problème plus durable de crédibilité budgétaire.