Alors qu’OPEP+ ne représentait plus qu’environ 40% de la production mondiale en juillet, contre un peu plus de 48% avant la guerre, la Chine a fortement réduit ses achats de brut. Ce double mouvement révèle un changement de pouvoir sur le marché pétrolier : Pékin ne fixe pas les quotas, mais ses importations deviennent capables d’amortir — ou d’amplifier — les chocs d’offre.

Pendant des décennies, l’attention du marché pétrolier s’est concentrée sur l’Arabie saoudite, la Russie et les réunions d’OPEP+. En 2026, une autre capitale pèse de plus en plus lourd : Pékin.

Selon Reuters, la part d’OPEP+ dans la production mondiale est tombée à environ 40% en juillet, contre un peu plus de 48% avant la guerre en Iran. Cette baisse ne s’explique toutefois pas uniquement par le conflit : le retrait des Émirats arabes unis du groupe représente à lui seul plusieurs points de part de marché.

Dans le même temps, la Chine a acheté environ 400 millions de barils de moins depuis le début de la guerre que durant la même période de 2025, selon les calculs cités par Reuters. Cette contraction de la demande chinoise a contribué à compenser une partie de la baisse de l’offre mondiale et à empêcher une envolée encore plus forte des cours.

Pékin, nouveau « consommateur d’appoint »

En juillet, les importations chinoises de brut sont tombées à environ 8,41 millions de barils par jour, soit 24,3% de moins sur un an. Le raffinage a également reculé de 15,8% sur un an, selon le Bureau national des statistiques chinois.

La Chine dispose ainsi d’un pouvoir particulier : elle peut ralentir ses achats, puiser dans ses stocks ou réduire l’activité de ses raffineries lorsque les prix deviennent trop élevés. À l’inverse, une reprise brutale des importations pourrait rapidement tendre le marché.

C’est en ce sens que Pékin devient un « swing consumer », ou consommateur marginal capable de modifier l’équilibre mondial. OPEP+ conserve la capacité politique de coordonner des quotas de production. Mais la Chine exerce désormais une influence comparable par la demande.

Un équilibre fragile

L’évolution est particulièrement importante car l’offre reste contrainte. L’Agence internationale de l’énergie estimait qu’en juillet la production mondiale demeurait inférieure de 6,3 millions de barils par jour à son niveau d’un an plus tôt.

La faiblesse actuelle des achats chinois sert donc de coussin. Mais ce mécanisme pourrait s’inverser rapidement. Si Pékin revient massivement sur le marché alors que l’offre reste limitée, les cours pourraient subir une nouvelle poussée.

Pour les pays importateurs nets comme la Tunisie, ce changement de centre de gravité n’est pas théorique. Une hausse durable du Brent alourdit la facture énergétique, le déficit commercial et les besoins de financement extérieur.

Les chiffres clés- 40% : part estimée d’OPEP+ dans la production mondiale en juillet, contre un peu plus de 48% avant la guerre.
– 400 millions de barils : baisse estimée des achats chinois depuis le début du conflit par rapport à la même période de 2025.
– 8,41 millions de barils/jour : importations chinoises de brut en juillet.
– -24,3% : recul annuel des importations chinoises de brut en juillet.
– -15,8% : baisse annuelle du raffinage chinois en juillet.
– -6,3 millions de barils/jour : écart entre l’offre pétrolière mondiale de juillet 2026 et celle de juillet 2025, selon l’AIE.

OPEP+ n’a donc pas perdu son rôle. Mais elle n’est plus seule à dicter le tempo. Le marché pétrolier mondial possède désormais deux centres de pouvoir : les producteurs capables de fermer ou d’ouvrir les robinets, et la Chine, capable de décider combien de barils elle est prête à absorber.