La mortalité de plusieurs milliers de volailles rapportée à Melloulèche, sur fond de forte chaleur et de coupures électriques, soulève une question qui dépasse l’élevage : peut-on être indemnisé par l’État lorsque son activité n’est pas pleinement formalisée ?
À Melloulèche, dans le gouvernorat de Mahdia, la canicule a mis en évidence une vulnérabilité qui n’est pas seulement climatique. Elle est aussi administrative et économique.
Le président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche de Mahdia, Salah Charfeddine, a affirmé qu’aucune perte n’avait, jusqu’ici, été recensée chez les aviculteurs opérant « selon les formes légales ». Les exploitants touchés ont été invités à présenter les documents permettant d’établir la régularité de leur activité et d’examiner leur éventuel accès aux mécanismes publics d’indemnisation.
Cette déclaration intervient après des informations faisant état de la mort de plus de 4.000 volailles sur quelque 5.000 têtes dans deux élevages de Melloulèche. Un responsable professionnel régional a également évoqué un taux de mortalité proche de 80 %, attribué aux températures élevées et aux interruptions répétées d’électricité. Ces chiffres reposent toutefois sur les déclarations des professionnels et ne constituent pas encore un bilan administratif consolidé.
L’informalité devient un risque financier
Le cas de Melloulèche illustre l’un des coûts souvent invisibles de l’économie informelle. En dehors des périodes de crise, l’absence de formalisation peut apparaître à certains exploitants comme une manière d’éviter des procédures, des contributions ou des charges.
Mais lorsqu’un sinistre survient, cette logique se retourne contre eux.
Pour l’administration, indemniser suppose de pouvoir identifier l’exploitation, vérifier le cheptel, établir les dépenses réellement engagées et mesurer les dommages. Sans déclaration, factures ou documents administratifs, une perte économique devient beaucoup plus difficile à reconnaître.
La formalisation agit alors comme un passeport vers les dispositifs de soutien public, mais aussi vers le crédit, l’assurance et les mécanismes de mutualisation des risques.
Une indemnisation qui n’est pas automatique
Le Fonds tunisien d’indemnisation des dommages agricoles dus aux calamités naturelles est encadré depuis avril 2025 par un nouveau décret. Pour bénéficier du dispositif, l’agriculteur doit notamment avoir souscrit au Fonds au début de la campagne ou du cycle de production, payé sa contribution et être en mesure de présenter les justificatifs administratifs et financiers requis.
Le texte fixe également un seuil minimal de dommages de 25 % et un plafond d’indemnisation pouvant atteindre 60 % des dépenses de production, selon l’importance des pertes.
Une incertitude demeure toutefois dans le dossier de Melloulèche : le décret cite notamment les inondations, tempêtes, vents, sécheresse, grêle et neige parmi les calamités couvertes. La chaleur extrême et les coupures électriques n’y apparaissent pas explicitement.
Même un exploitant parfaitement formalisé ne peut donc pas considérer son indemnisation comme acquise.
Chiffres clés
Plus de 4.000 volailles : mortalité rapportée dans deux élevages de Melloulèche.
Environ 5.000 têtes : cheptel initial évoqué.
Près de 80 % : taux de mortalité avancé par un responsable professionnel régional.
25 % : seuil minimum de dommages prévu pour l’accès à l’indemnisation.
60 % : plafond d’indemnisation par rapport aux dépenses de production.
2,5 % : contribution des agriculteurs déclarants au Fonds, calculée sur les dépenses de production.
Le dossier de Mahdia pose ainsi une question plus large pour l’agriculture tunisienne : dans un contexte de risques climatiques croissants, la formalisation n’est plus seulement une obligation administrative. Elle devient progressivement un outil de protection économique.


