Les incendies de forêt en Tunisie ne détruisent pas seulement le couvert végétal ; ils portent une atteinte grave à la faune sauvage et à la biodiversité nationale. Entre le 1er juin et le 25 juillet 2026, le pays a enregistré plus de 35 incendies, marquant une augmentation significative des sinistres et des surfaces ravagées, d’après les statistiques de la Protection civile.

Selon la même source, le gouvernorat du Kef est le plus durement touché avec 168,6 hectares détruits par six incendies. Il est suivi par Béja (33,5 ha pour six incendies) et Jendouba, qui a enregistré le plus grand nombre de départs de feu (huit incendies pour 13,25 ha). Les régions de Nabeul et Bizerte ont également subi des pertes notables avec, respectivement, 9,75 et 5,55 hectares détruits.

Outre la perte de leur habitat naturel, de nombreux animaux périssent dans les flammes. D’après le Directeur de la conservation des forêts à la Direction générale des forêts (DGF), Sahbi Bedhief, la faune tunisienne composée essentiellement de gibier (lièvres, sangliers, oiseaux migrateurs) et d’espèces protégées (gazelles), voit ses cycles de reproduction et de survie menacés.

Le responsable a également souligné que si le changement climatique est un facteur clé à l’origine des incendies de forêts, le comportement humain (braconnage, imprudence) doit être surveillé, appelant les citoyens à respecter la vie sauvage, à faire preuve de vigilance et à signaler immédiatement tout ce qui pourrait constituer un danger pour les personnes, les biens et l’environnement.

Il a ajouté que parallèlement aux efforts déployés pour contribuer à maîtriser les feux de forêts, la DGF œuvre à limiter les dégâts en installant des points d’eau au cœur des massifs pour aider les animaux à survivre durant les périodes de sécheresse extrême. Il a précisé qu’une évaluation finale des pertes sera menée dès l’extinction complète des foyers actuels.

Nécessité de mise en place d’un plan national de prévention

Les experts s’inquiètent de l’évolution du climat en Méditerranée, où les températures augmentent 20 % plus vite que la moyenne mondiale. Ce phénomène favorise l’apparition des “incendies de sixième génération”, des feux géants capables de générer leurs propres courants d’air et de dépasser les capacités des moyens d’extinction classiques en raison de leur intensité thermique et de la densité des fumées.

En Tunisie, le constat des spécialistes est sans appel : les moyens logistiques actuels ne suffisent plus face à l’ampleur du défi.

Face à ce constat, le secrétaire général de la Fédération nationale des associations de chasseurs et des associations spécialisées en chasse Karim Toumi a appelé à la mise en place d’un plan national de prévention basé sur la recherche scientifique et la sensibilisation citoyenne pour préserver l’équilibre fragile des écosystèmes nationaux.

Il a mis l’accent sur l’importance de la contribution de la société civile au soutien des efforts de l’État, à travers l’intensification des campagnes de sensibilisation, précisant que la Fédération nationale des associations de chasseurs, qui compte environ 14 000 membres répartis dans les différentes régions de la République, apporte son soutien à la DGF dans le cadre d’un accord de partenariat entre les deux parties.

De son côté, la directrice technique de l’Association tunisienne de la vie sauvage, Kenza Kassem a indiqué que son association réalise des études et des recherches sur les animaux sauvages, sédentaires et migrateurs. Elle met en œuvre des programmes visant à promouvoir la conservation de la biodiversité.

Face aux feux de forêt, l’association œuvre à sensibiliser et à diffuser les bons comportements à adopter pour prévenir les feux et préserver les écosystèmes.