Le ministère de l’Environnement, en partenariat avec le Programme des nations unies pour le développement (PNUD), a lancé jeudi, le projet de transition vers le zéro déchet contre la pollution (SWAP), qui sera réalisé dans le Grand Tunis aux gouvernorats de la Manouba, Ben Arous, Ariana et Tunis, durant la période 2025-2030.

L’objectif de ce projet est de réduire la production des déchets, en rompant avec les modèles traditionnels et en ouvrant la voie à une refonte des modes de production, de consommation et de gestion des ressources durable, a indiqué la coordinatrice nationale du projet au ministère de l’Environnement, Nesrine Guederi, lors d’un atelier national de démarrage du projet.

Financé à hauteur de 5 millions de dollars américains, par le Fonds mondial pour l’environnement (FEM), le projet SWAP vise à réduire la production des déchets et la pollution chimique dans la chaîne de valeur, à travers des bonnes pratiques de consommation et de production, conformément à la chimie verte, à l’économie circulaire, et  aux principes de hiérarchie de gestion des déchets réglementé en Tunisie par la loi n° 96-41 du 10 juin 1996.

Cette initiative est également, mise en œuvre, dans cinq villes à Sierra Leone (Freetown), en Turquie (Kocaeli), en Uruguay (Montevideo), en Tunisie (Tunis) et en Chine (Tianjin). Elle vise à améliorer l’efficacité des ressources en soutenant les villes pilotes des économies émergentes et des pays les moins avancés vers une vision zéro déchet.

La transition vers le zéro déchet permet de mettre en œuvre une composante principale de la stratégie nationale de transition écologique, laquelle concerne le développement d’une consommation et d’une production durable et responsable, a avancé Mosbah Abaza, Directeur  général du Développement durable au ministère de l’Environnement.

« Il est destiné à 38 municipalités réparties sur les quatre villes du Grand Tunis, durant une période de 5 ans, à travers la mise en place des modèles de gestion des déchets et des mécanismes de coordination entre ces municipalités, en vue de réaliser l’objectif de réduction au maximum des déchets, notamment les déchets en plastiques et chimiques”, a-t-il noté.

« Nous avons ciblé ces quatre gouvernorats du Grand Tunis parce qu’ils représentent 2,9 millions de bénéficiaires”, a souligné Abaza, précisant que les municipalités bénéficieront, dans le cadre de ce projet, des actions de renforcement des capacités et de formation des acteurs intervenants.

Il s’agit également de mettre en place une ligne de financement dédiée à la valorisation et au compostage des déchets organiques, lesquels représentent 70% des déchets, en plus de l’instauration des plans d’investissement de financement pour réaliser des infrastructures dans ces municipalités, ainsi que la promotion de l’économie circulaire dans ces communes.

Pour sa part, la représentante résidente du PNUD Tunisie, Céline Moyroud a précisé que ce partenariat ne vise pas seulement à collecter davantage de déchets, mais de produire moins de déchets. Il s’agit également de « mieux concevoir nos produits, prolonger leur durée de vie, développer le tri, le recyclage, la valorisation organique et créer de nouvelles opportunités économiques autour de ces filières », a-t-elle ajouté.

Pour la Tunisie, ce partenariat offre une opportunité concrète, pour faire du Grand Tunis un espace d’expérimentation, de démonstration et d’apprentissage, en testant des solutions, en identifiant des modèles économiques viables, en renforçant  la gouvernance locale, mobilisant les citoyens et en attirant les investissements publics et privés vers des filières circulaires.

Selon la responsable, pour réussir, il y a lieu d’encourager l’éco-conception, de réduire les produits à usage unique. En outre, les producteurs et les metteurs sur le marché doivent être davantage responsables impliqués dans la gestion des déchets issus de leurs produits, ainsi que de promouvoir l’investissement, étant donné que la transition vers le zéro déchet ne peut pas reposer uniquement sur les budgets publics.

Ce processus nécessite des incitations claires, des modèles économiques solides, des mécanismes de récupération des coûts et un environnement favorable pour permettre au secteur privé d’investir dans le tri, le recyclage, la valorisation organique, la logistique et l’innovation, a-t-elle poursuivi.

De con côté Sabria Bnouni, directrice générale de la coopération internationale au ministère de l’environnement, a mis l’accent sur l’importance de ce projet qui apportera, a-t-elle dit, des bénéfices économiques durables, créera des emplois, et réduira considérablement l’empreinte écologique.

Et d’ajouter que ce projet prévoit des interventions permettant principalement de promouvoir un investissement durable et la récupération des coûts afin de relever les défis financiers liés à cette transition, en explorant des outils juridiques fiscaux et financiers spécifiques et variés, en plus de sensibiliser chaque acteur clé des chaînes de valeur, y compris les producteurs, les détaillants, les consommateurs, et les citoyens, en rendant l’information accessible.

Selon Bnouni, la Tunisie a le potentiel de devenir un hub régional de l’économie circulaire en s’appuyant sur l’excellence de ses industriels, la créativité de ses jeunes, et la volonté de ses institutions, appelant, à ce propos,  l’ensemble des acteurs, publics, privés, académiques et citoyens, à bâtir ensemble un nouveau modèle plus efficace et plus équitable.

L’ambassadrice de Suède en Tunisie Cecilia Wramsten a souligné, à cette même occasion, la fierté de son pays pour soutenir la transition de la Tunisie vers une économie plus circulaire et plus efficace dans l’utilisation des ressources à travers cette initiative, rappelant que cette contribution s’appuie notamment sur l’expertise d’Avfall Svergie, l’association suédoise de gestion des déchets et du recyclage, qui accompagnera plusieurs composantes techniques de ce projet en partenariat avec le PNUD et les institutions tunisiennes.

Le projet SWAP va bien au-delà de l’amélioration de la gestion des déchets, car il porte une vision celle d’une transition vers une société où les déchets sont réduits à la source, les ressources sont utilisées de manière plus efficace, les substances dangereuses sont progressivement éliminées des chaînes de valeur, et  les modes de production et de consommation deviennent plus durable, a-t-elle avancé.

Elle a rappelé que l’expérience suédoise a permis d’apprendre qu’une transition écologique réussie repose sur une vision à long terme et sur la mobilisation de l’ensemble de la société, où les municipalités jouent un rôle dans cette transformation, étant donné qu’elles sont au plus près du citoyen.

L’une des grandes forces du projet SWAP réside précisément dans une approche inclusive, d’autant plus que le projet réunit les institutions publiques, les municipalités, le secteur privé, les universités, la société civile et les citoyens autour d’une vision commune.

Et de poursuivre que parallèlement à la mise en œuvre du projet en Tunisie, la Suède soutient également à travers son partenariat avec le PNUD, le développement d’un Zero Waste Clearing House (plateforme de référence, de partage des connaissances et d’assistance technique dédiée à la gestion durable des déchets et à l’économie circulaire).

Cette plateforme permettra aux pays partenaires de bénéficier d’expériences concrètes, d’outils pratiques et d’une expertise internationale dans différents domaines tels que la prévention des déchets, l’économie circulaire, la gouvernance municipale ou encore les mécanismes de financement.

Selon le dernier rapport du PNUD en 2024, le monde est confronté à une triple crise planétaire : changement climatique, perte de biodiversité, pollution et déchets, alimentée en grande partie par nos modes de production et de consommation. L’extraction des ressources naturelles a triplé en 50 ans, passant de 30 à 106 000 milliards de tonnes par an. Sans changement profond, il pourrait encore augmenter de 60 % d’ici 2060.

L’extraction et la transformation des ressources sont responsables de plus de 60 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et de 40 % des impacts sanitaires liés à la pollution de l’air. Ils sont aussi à l’origine d’environ 90 % des pertes de biodiversité liées à l’usage des terres et du stress hydrique, toujours selon le PNUD.