Encore une fois, la nomination à la tête des départements ministériels et des grandes entreprises publiques pose problème et suscite diverses interrogations. Et pour cause : les communiqués officiels publiés à cette occasion ne donnent généralement aucune indication ni sur les motifs qui expliquent le choix des personnes concernées ni sur les objectifs qui leur sont assignés. Pour utiliser une image, c’est un peu comme avancer dans le brouillard avec une visibilité limitée.
La récente nomination de l’ancien directeur général de l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII), Omar Bouzouada, au poste de président-directeur général de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et du Groupe chimique tunisien (GCT) en est une parfaite illustration.
Logiquement, au regard des graves difficultés auxquelles est confronté le secteur des phosphates — transport insuffisamment performant, baisse de la production, vétusté des infrastructures, perte de compétitivité, sous-équipement, projets et réformes en stand-by et productivité jugée insuffisante au regard du potentiel du secteur — celui-ci a besoin d’une gouvernance forte, capable de conduire des projets complexes et de porter une vision stratégique à long terme.
Un nouveau PDG sans feuille de route publique
Or, au regard du parcours d’Omar Bouzouada, essentiellement développé dans l’administration économique et la promotion de l’investissement, et dont l’expérience dans le secteur phosphatier ne semble pas établie, cette nomination peut légitimement susciter des interrogations. C’est, de notre point de vue, le moins que l’on puisse dire.
En l’absence d’explications officielles détaillées sur les critères ayant présidé à cette nomination, plusieurs interprétations peuvent être avancées. Certains observateurs pourraient notamment y voir un repositionnement dans la perspective de la future réforme de la convergence institutionnelle qui prévoit le regroupement de plusieurs structures de promotion de l’investissement. Son profil pourrait alors être appelé à évoluer dans le cadre de la nouvelle architecture institutionnelle envisagée.
Plus préoccupant encore, aucune feuille de route ni aucun objectif opérationnel précis n’ont été rendus publics au moment de cette nomination.
Les principales réformes attendues dans le secteur des phosphates ne sont toujours pas finalisées, malgré les nombreuses réunions tenues par quatre chefs du gouvernement successifs — Nejla Bouden, Ahmed Hachani, Kamel Maddouri et Sarra Zaafrani — entre 2021 et 2026 afin d’en définir les contours.
Accélérer les réformes
Au nombre de ces réformes structurantes, deux méritent d’être rappelées succinctement.
La première est une étude stratégique du secteur du phosphate et de ses dérivés à l’horizon 2035. Ce projet vise à définir les orientations futures du secteur, notamment en matière d’extraction, de transport, de traitement, de stockage, d’acheminement vers les sites de transformation et les ports, ainsi que de logistique.
La seconde réforme est également un projet d’étude. Elle porte sur le transport hydraulique du phosphate commercial, son alimentation en énergie propre, notamment solaire, ainsi que son approvisionnement en eau dessalée. Il s’agit de la technologie du « Slurry Pipeline».
Actuellement financé par un don de 7 millions de dinars accordé par l’International Finance Corporation (IFC), institution membre du Groupe de la Banque mondiale, ce projet de transport souterrain du phosphate constitue une alternative envisagée pour acheminer le minerai depuis les sites miniers de Gafsa vers les usines du Groupe chimique tunisien.
Cette méthode, qui consiste à transporter le phosphate sous forme de pulpe, est étudiée afin d’optimiser les coûts logistiques, de renforcer la sécurité du transport et d’améliorer son impact environnemental.
L’idéal : une vision stratégique élaborée par un cabinet international
En dépit du retard accusé dans la mise en œuvre de ces deux réformes, qui constituent indéniablement des avancées structurelles importantes pour l’avenir du secteur, le communiqué publié par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie comporte un élément positif : le rattachement du Groupe chimique tunisien (GCT) à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG).
Ce rattachement pourrait être interprété comme l’amorce, enfin, d’une vision stratégique plus intégrée du secteur. L’idée serait d’en faire une filière industrielle cohérente, mieux coordonnée et davantage autonome sur le plan économique.
Dans cette perspective, le secteur dispose de deux atouts majeurs : l’existence de réserves phosphatières parmi les plus importantes de la région, estimées à plusieurs milliards de tonnes selon diverses évaluations publiques, ainsi qu’une demande mondiale qui demeure soutenue pour le phosphate et ses dérivés, malgré la volatilité cyclique des prix observée sur les marchés internationaux.
Néanmoins, pour tirer le meilleur profit de cette ressource naturelle, l’idéal serait, à notre avis, de dépasser le stade des concertations récurrentes dont les résultats tardent à se matérialiser et de confier à un cabinet international une étude stratégique globale sur le développement du secteur.
Néanmoins, pour tirer le meilleur profit de cette ressource naturelle, l’idéal serait, à notre avis, de cesser de tenir, à l’échelle locale, des réunions stériles sans aucun résultat sur le sujet et de confier à un cabinet international une étude stratégique sur le développement du secteur. C’est l’efficience économique qui l’exige au regard des multiples échecs et ratages qui ont marqué, jusqu’ici, cette activité, pourtant hautement rentable A bon entendeur.
À bon entendeur.



