Malgré une adoption croissante des outils numériques, l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) en Tunisie dépendra de la capacité d’absorption des entreprises, c’est-à-dire leur aptitude à identifier, assimiler et exploiter les connaissances et les technologies, indique une note d’analyse de l’Institut Tunisien de la Compétitivité et des Études Quantitatives (ITCEQ) publiée en mai 2026.
L’étude, intitulée “Intégration de l’IA et des technologies avancées : Analyse des trajectoires de maturité digitale en Tunisie”, révèle un écart significatif entre l’importance accordée aux nouvelles technologies comme levier d’innovation et leur traduction effective en actions structurées au sein des entreprises privées. En effet, 86 % des entreprises considèrent que ces technologies stimulent l’innovation, alors que seules 19 % déclarent avoir effectivement innové.
Ce décalage révèle une faiblesse des phases de transformation et d’exploitation de la capacité d’absorption, les intentions stratégiques se traduisant encore insuffisamment par des engagements concrets en matière de recherche et développement. En effet, si 76,2 % des entreprises privées disposent de site web ou de page d’accueil, que 72,5 % sont dotées d’outils numériques de gestion de base (ERP, comptabilité, etc.) et que 60 % sont équipés de plateformes collaboratives, l’assimilation qui renvoie à la capacité de l’entreprise à analyser et intégrer les connaissances technologiques acquises au sein de ses routines organisationnelles, reste modérée, notamment dans la gestion des ressources humaines (55 %) et des systèmes d’information (43 %).
La transformation et l’exploitation des connaissances sont les maillons faibles, freinées par un manque de synergie avec le monde de la recherche (faible mobilisation des centres de recherche (29 %) et des technopoles (26 %).
L’enquête met en évidence trois obstacles majeurs entravant le développement de la capacité d’absorption des entreprises tunisiennes. Ces freins affectent inégalement les dimensions de la capacité d’absorption (acquisition, assimilation, transformation et exploitation), et par conséquent le processus de digitalisation.
Il s’agit essentiellement, de l’insuffisance des ressources financières (citée par 70,9 % des entreprises), la pénurie de compétences numériques (63,3 %), marquant une inadéquation entre l’offre de formation et les besoins du marché et la résistance au changement (58 %), révélant une culture interne souvent peu favorable à l’apprentissage de nouvelles méthodes.
L’IA, un facteur d’accélération
La note souligne que l’IA ne peut se substituer aux fondamentaux de la digitalisation. Elle agit comme un facteur d’accélération uniquement pour les entreprises ayant déjà bâti un socle numérique solide et une agilité organisationnelle.
Pour les entreprises “moins matures” digitalement, l’ITCEQ préconise une approche de complémentarité progressive plutôt qu’une adoption brutale de l’IA qui risquerait de créer des dysfonctionnements structurels.
L’ITCEQ appelle également, à une réorientation des politiques publiques. Les recommandations incluent le renforcement des dispositifs de financement (capital-risque), l’investissement massif dans la formation certifiante en data science et IA, ainsi que la modernisation des systèmes d’information pour favoriser la connectivité entre entreprises et centres de recherche.


