En Tunisie, le prestige scolaire a une couleur : celle des blouses de laboratoire. Alors que les taux de réussite en sections Mathématiques et Sciences caracolent en tête, la filière Économie-Gestion reste injustement perçue comme une voie de relégation. Une stratégie nationale court-termiste qui prive le pays des cerveaux dont il a pourtant cruellement besoin.
La dictature des chiffres : Une sélection par l’exclusion
Le constat est amer à chaque annonce des résultats. Les statistiques révèlent un fossé systémique : là où la section Mathématiques affiche souvent un taux de réussite dépassant les 70%, la section Économie-Gestion peine à franchir la barre des 40% au niveau national.
- Source : Statistiques du site du Ministère de l’éducation Nationale
Cette disparité de près de 30 points n’est pas le fruit du hasard. En poussant systématiquement les profils les plus académiques vers le scientifique, le système éducatif crée une hiérarchie artificielle. L’Économie-Gestion se retrouve ainsi traitée comme une filière de repli, dévaluant une discipline pourtant vitale pour la nation.
Plus grave encore, la conception même des épreuves du Baccalauréat semble conçue pour décourager. Les sujets d’Économie et de Gestion sont souvent marqués par :
- Une complexité artificielle : Des énoncés parfois ambigus qui cherchent davantage à piéger l’élève qu’à évaluer sa compréhension des mécanismes financiers.
- Une notation punitive : Là où un calcul juste en mathématiques est valorisé, une erreur d’interprétation en économie peut invalider tout un raisonnement, plombant les moyennes. On a l’impression que le système “programme” ce taux de réussite médiocre pour maintenir la hiérarchie des sections, au lieu d’encourager la maîtrise des outils de gestion.
Des ingénieurs sans capitaines d’industrie
Vouloir une nation de scientifiques est louable, mais qui gérera les entreprises que ces ingénieurs construisent ?
- La réalité du terrain : Un pays avance grâce à des comptables rigoureux, des gestionnaires de crise et des marketeurs capables de valoriser le “Made in Tunisia”.
- Le rempart contre l’opacité : C’est ici que naissent les futurs experts-comptables. Sans eux, la lutte contre l’évasion fiscale et la transparence financière resteraient des vœux pieux.
- Le moteur du PIB : La création de richesse et la maîtrise de l’inflation sont des compétences techniques. En dévaluant cette filière, on affaiblit notre capacité de résilience.
Continuer à privilégier les sections scientifiques au mépris de l’Économie est une erreur stratégique. Un pays ne se redresse pas uniquement avec des équations de physique, mais avec une gestion rigoureuse de ses ressources.
Au Ministère de l’Education Nationale, il serait temps de :
- Réformer la conception des épreuves de nos futurs gestionnaires pour qu’elles soient un outil de validation des acquis et non une machine à exclure.
- Revaloriser le statut de la filière Economie et Gestion
- Moderniser les programmes pour y intégrer la finance digitale et l’économie de demain.
- Augmenter le coefficient de la matière informatique dans toutes les sections et mettre à jour le programme enseigné dans cette matière.
L’économie tunisienne est en crise. Il est temps de cesser de sacrifier ceux qui ont les clés pour la réparer.


