Les rapports entre théâtre et technologies contemporaines ont été au centre d’un forum intellectuel organisé lundi à l’espace Dar Belhadj à Hammam-Lif, dans le cadre de la 34e édition du Festival Ali Ben Ayed de théâtre, qui se poursuit du 7 jusqu’au 16 mai.

Intitulée « Vers de nouvelles approches de la pratique scénique à l’ère des mutations technologiques », la rencontre a réuni universitaires, critiques et praticiens du théâtre autour des transformations esthétiques et techniques affectant les arts de la scène.

La critique théâtrale Faouzia Mezzi a évoqué l’évolution du théâtre, passé selon elle du « concept de l’émerveillement » dans sa forme traditionnelle vers des formes de mise en scène reposant davantage sur les technologies modernes et les procédés visuels. Elle a également soulevé plusieurs questions liées à l’identité des théâtres arabes, à la dépendance technologique et à la préservation de la spécificité du théâtre face aux mutations numériques.

La chercheuse a notamment analysé le travail de l’acteur comme une extension du concept de « théâtre pauvre » du théoricien polonais Jerzy Grotowski (1933-1999), prônant un « acteur saint » dont la performance créative et le corps restent au centre de l’œuvre, malgré l’influence croissante du cinéma et de la vidéo.

Le dramaturge Mohamed Mediouni a, pour sa part, estimé que la technologie fait désormais partie intégrante de la pratique théâtrale, à travers l’éclairage, la scénographie, les effets sonores et les dispositifs visuels, tout en considérant qu’elle demeure un outil esthétique au service de la création scénique et non une finalité en soi.

Selon lui, l’intégration de ces techniques ne diminue en rien la centralité du théâtre ou son identité propre. Il a affirmé que le théâtre occupe une place centrale vis-à-vis des autres arts et possède les outils nécessaires pour préserver sa spécificité historique face aux innovations.

De son côté, l’Irakien Mohamed Saif, spécialiste de la scénographie, a abordé la relation entre théâtre et technologie sous l’angle de « l’acceptation et du rejet », estimant que ce débat accompagne historiquement l’évolution du discours théâtral.

Pour lui, cette dualité ne doit pas être perçue comme « une simple opposition, mais comme une dynamique critique permettant au théâtre de se redéfinir en permanence ». Il a ainsi souligné la tension entre la crainte de voir la technologie menacer l’immédiateté humaine du jeu et la volonté d’y puiser de nouveaux horizons expressifs.

Selon lui, l’enjeu réside dans l’équilibre « entre fidélité à la présence humaine propre au théâtre et ouverture aux innovations techniques capables de renouveler ses formes d’expression. »

Le programme du festival se poursuit avec plusieurs représentations théâtrales à Hammam-Lif et Ben Arous, ainsi qu’une série d’ateliers de formation consacrés notamment à « l’acteur entre mémoire émotionnelle et technologie » et à « l’harmonie entre les composantes visuelles et sonores du spectacle théâtral ».