
Un secteur bancaire solide… mais déconnecté de l’économie réelle
L’auteur souligne le paradoxe actuel du secteur bancaire tunisien. Les banques cotées ont affiché en 2025 une progression de 4,3% de leur produit net bancaire, atteignant 7,29 milliards de dinars, preuve d’une certaine résilience. Mais cette performance repose davantage sur les revenus de portefeuille et les activités de marché que sur le financement direct de l’économie productive.
Dans un environnement marqué par des créances douteuses toujours élevées — autour de 15% — et une visibilité économique réduite, les banques privilégient logiquement les placements les plus sûrs et liquides. Résultat : la masse monétaire progresse plus vite que les crédits à l’économie réelle. Pour Mohamed Salah Frad, le problème tunisien n’est donc pas uniquement un manque de ressources financières, mais l’absence de mécanismes capables de transformer cette liquidité en investissement productif et en croissance durable.
Le modèle portugais comme source d’inspiration
L’analyse plaide ainsi pour un modèle inspiré des expériences internationales, notamment du Portugal, où la relance du financement des PME s’est appuyée sur un écosystème combinant restructuration d’entreprises, garanties publiques, capital-investissement et financement de long terme.
Le “blended finance”, clé du partage du risque
Au cœur de cette stratégie figure le “blended finance”, un mécanisme consistant à mobiliser des ressources publiques ou concessionnelles pour absorber une partie du risque supporté par les banques et investisseurs privés. L’objectif : rendre le risque “finançable” plutôt que pousser artificiellement les banques à prêter davantage.
Une feuille de route en quatre piliers
L’auteur propose enfin une feuille de route articulée autour de quatre axes : identifier les PME viables mais fragilisées, renforcer les mécanismes de restructuration, développer les fonds propres et quasi-fonds propres via le capital-investissement, puis généraliser les dispositifs de partage du risque entre banques, fonds spécialisés, bailleurs internationaux et marché financier.
Passer de la performance bancaire à l’impact économique
Pour Mohamed Salah Frad, la Tunisie doit désormais passer d’une logique de simple performance bancaire à une logique d’impact économique, où banques, capital-investissement, garanties publiques et marché financier agissent de manière complémentaire pour soutenir l’investissement, préserver l’emploi et restaurer durablement la croissance.
(Source : Mohamed Salah Frad, Directeur Général de United Gulf Financial Services North Africa – tribune publiée sur Linkedin le 9 mai 2026.)


