En Tunisie, la sécheresse n’est plus un aléa c’est une contrainte structurelle, c’est ce que ressort d’un Rapport de synthèse intitulé « Planification, préparation et stratégies de résilience face aux sècheresses » publié par la Banque Africaine de Développement (BAD).
La Tunisie fait face à une intensification marquée des épisodes de sécheresse, dans un contexte de pressions croissantes sur ses ressources naturelles et de vulnérabilité accrue aux effets du changement climatique.
Les sécheresses, devenues plus fréquentes, plus longues et plus sévères, impactent profondément la sécurité hydrique, la production agricole, la stabilité des revenus ruraux et la cohésion sociale.
Cette situation, bien que structurelle dans un pays à climat aride à semi-aride, tend à se complexifier sous l’effet combiné de la variabilité climatique, de la croissance démographique, des mutations économiques et de la fragilité de certains écosystèmes, souligne le rapport.
Et de rappeler qu’en 2023 et 2024, les barrages n’ont été remplis qu’à 31 % et 37 % de leur capacité. Les projections climatiques prévoient une baisse des précipitations allant jusqu’à 25 % d’ici 2100 dans les régions du Centre et du Sud et une hausse continue des températures moyennes, estimée entre +2,5 °C et +5 °C.
Face à cette pression croissante, la Tunisie a mis en place un ensemble de stratégies et de cadres réglementaires pour adapter la gestion de l’eau aux nouveaux enjeux climatiques. Ces dispositifs visent à anticiper les risques, renforcer la résilience du secteur et améliorer l’efficience dans l’utilisation des ressources disponibles.
Parmi ces instruments figurent la stratégie nationale «Eau 2050», le Plan Directeur REUSE 2050 pour la réutilisation des eaux traitées, la Vision 2035 pour le secteur agricole, ainsi que des cadres transversaux comme la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) actualisée en 2021, le Plan National d’Adaptation : volet sécurité alimentaire et la Stratégie Bas Carbone et de Résilience au Changement Climatique à l’horizon 2050.
Ces documents, portés par les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, intègrent la rareté croissante de la ressource, l’impératif d’efficience et l’adaptation aux nouvelles conditions climatiques. Le Plan National de la Sécheresse (PNS), publié en 2020, vient compléter ce dispositif par une approche spécifique axée sur la prévention et la résilience.
Malgré l’existence d’une architecture stratégique et législative relativement complète, l’efficacité de la gouvernance hydrique en Tunisie reste fortement compromise par une complexité institutionnelle structurelle.
Fondé sur l’analyse de 22 institutions tunisiennes et sur les données climatiques les plus récentes, il propose une feuille de route concrète pour transformer la gouvernance de l’eau, anticiper les crises et mobiliser les financements nécessaires à une résilience durable.
Il préconise, notamment, la réforme du système de la gouvernance pour mettre fin à la fragmentation institutionnelle et aux incohérences de gouvernance et le développement de techniques de gestion et de conservation des eaux, comme le dessalement la réutilisation des eaux usées.
D’après la même source la mise en place d’une architecture incitative pour mobiliser des financements alternatifs, au-delà des circuits publics classiques, demeure nécessaire. Cela implique, d’une part, le développement de mécanismes de micro-assurance agricole et climatique, la modernisation du cadre juridique et réglementaire en adaptant le Code de l’eau aux réalités climatiques actuelles.


