Dans un nouvel espace niché au cœur de la Médina de Tunis, des paquets de café deviennent des sacs à main et des contenants usagés en carton, papier ou plastique, se transforment en pots à stylos, trousses ou portefeuilles. Derrière ces objets revisités, une ambition s’affiche clairement: faire de l’économie circulaire un levier concret de réduction des déchets et d’insertion économique.

Ouverte à la mi-avril au Souk El Bey, la boutique “Medina Store”, lancée par l’association à vocation environnementale “Tunisie Recyclage”, propose des créations issues de l’upcycling ou surcyclage, une pratique consistant à transformer des matériaux usagés en produits à plus forte valeur ajoutée, sans passer par leur destruction industrielle.

Porté par l’association “Tunisie Recyclage” avec l’appui du Fonds canadien d’initiatives locales (FCIL), le projet se veut à la fois espace commercial, laboratoire écologique et outil de sensibilisation au concept ” zéro déchet”. “Notre objectif est de montrer que le déchet peut être beau et utile. Nous voulons encourager une consommation plus responsable, tout en créant de nouvelles opportunités économiques”, explique aux médias, le président de l’association, Houssem Hamdi.

La boutique rassemble des créations conçues à partir de matériaux recyclés, de pièces de seconde main et de ressources durables. Plusieurs artisans et marques locales y exposent leurs produits. Au-delà de la vente d’objets, le projet s’inscrit dans une démarche plus large de promotion des “3R” : Réduire, Réutiliser et Recycler. Selon l’association, près de 200 familles, quatre écoles et une cinquantaine de commerçants de la Médina participent déjà à des actions de réduction des déchets plastiques et de tri sélectif.

Pour Tunisie Recyclage, le défi reste toutefois celui du tri à la source. “En Tunisie, les déchets ménagers sont composés d’environ 70 % de matières organiques, 25 % de matières recyclables et seulement 5 % de déchets non recyclables. Sans tri en amont, il ne peut pas y avoir de recyclage efficace”, souligne Hamdi. Créée autour d’un réseau de bénévoles et de cinq salariés permanents chargés notamment du tri et de la collecte, l’association assure également un service de récupération des déchets recyclables auprès des ménages et des entreprises.

Depuis 2018, elle a développé un dispositif reliant particuliers, commerces et sociétés souhaitant valoriser leurs déchets. “Il faut aujourd’hui adapter la législation afin d’encourager davantage la valorisation des matières recyclables, notamment celles qui restent peu rentables économiquement”, estime le responsable et activiste de l’environnement.

Dans les ateliers de la Médina, les matières récupérées trouvent déjà une seconde vie grâce au travail des artisans. Un projet encore en phase d’expérimentation, mais qui a permis la création d’une dynamique associant des acteurs de la collecte et du tri à des artisans créateurs, selon l’association.

À travers cette initiative, Tunisie Recyclage espère démontrer que l’économie circulaire peut dépasser le cadre militant pour devenir un modèle économique local, capable d’allier créativité, réduction des déchets et emplois durables. La boutique ambitionne, ainsi, de faire de la Médina un espace où patrimoine artisanal et transition écologique se rencontrent.

Pour les promoteurs du projet et leurs partenaires, l’ambition dépasse le simple artisanat écologique. Il s’agit d’ancrer durablement une culture du “zéro déchet” dans les modes de consommation en Tunisie, à l’heure où l’accumulation des déchets dans la nature et les espaces urbains demeure un défi environnemental majeur, tandis que le recyclage des déchets ménagers est presque inexistant.