Les participants à la deuxième édition de la rencontre nationale de l’eau ont tenu les autorités pour responsables de la pénurie d’eau qui ne constitue pas, selon eux, « une simple fatalité climatique, mais le résultat inévitable d’un modèle de développement basé sur la surexploitation de l’eau, privilégiant les exportations agricoles et industrielles polluantes au détriment du droit universel des citoyens à l’eau potable ».
Dans un communiqué final, publié, samedi, par l’Observatoire tunisien de l’eau, organisateur cette rencontre (du 24 au 26 avril 2026 à Chenini-Gabès-) sous le thème « Eau et énergie : enjeux de souveraineté nationale face aux défis régionaux et impérialistes », les participants ont dénoncé “l’approche superficielle adoptée par les autorités face à la crise de l’eau”, réduite, selon eux, à des « facteurs naturels » ou d’un «déficit pluviométrique», pour ne pas assumer leurs responsabilités en matière d’élaboration de politiques hydriques durables, garantissant la sécurité hydrique pour tous.
Les intervenants, parmi lesquels figuraient des militants de la société civile, des experts, des universitaires, des syndicalistes et des agriculteurs, ont souligné qu’il ne peut y avoir de souveraineté nationale, sans souveraineté alimentaire et hydrique. Pour eux, la durabilité des ressources ne passe pas par l’importation de technologies coûteuses aggravant l’endettement, mais par le soutien aux petits agriculteurs, la valorisation des savoirs agricoles locaux et l’adoption de l’agriculture écologique.
Adopter une carte de production agricole incluant les changements climatiques
Ils ont, également, appelé à privilégier les semences locales, notamment pour les céréales et les fourrages, afin de réduire la dépendance envers les multinationales, limiter l’usage des engrais chimiques, rationaliser la consommation d’eau et encourager les petits agriculteurs à s’organiser collectivement, en s’appuyant sur les structures agricoles existantes (coopératives, groupements de développement agricole, structures professionnelles sectorielles, etc.)
Les participants ont demandé à l’État, d’adopter une carte de production agricole, tenant compte des changements climatiques et favorisant des cultures moins consommatrices d’eau, afin d’assurer la sécurité alimentaire locale et mieux gérer les ressources hydriques. Ils ont, aussi, insisté sur la nécessité d’adopter une approche nationale participative dans l’élaboration des politiques dans le domaine des énergies renouvelables, garantissant la représentation de toutes les parties prenantes, notamment les institutions nationales, les entreprises privées tunisiennes, les centres de recherche scientifique, les syndicats et les représentants de la société civile nationale et locale.
Selon eux, la transition énergétique en Tunisie est imposée et gérée de manière verticale, ce qui ouvre la voie aux grandes entreprises étrangères de monopoliser la production d’électricité et fragiliser le service public assuré par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG). Et d’appeler à accorder la priorité à cette entreprise publique ainsi qu’aux sociétés tunisiennes privées dans la production d’électricité, tout en imposant des normes protégeant l’environnement et les communautés locales.
La Tunisie ne doit pas devenir une simple zone de transit
Les participants ont, aussi, plaidé pour une industrialisation locale fondée sur des technologies innovantes nationales, afin d’éviter que la Tunisie ne devienne une simple « zone de transit » et de créer une véritable dynamique industrielle dans le secteur énergétique. Ils ont, dans ce contexte, demandé de lier le droit à l’énergie au droit à l’eau en interdisant tout grand projet énergétique, notamment ceux relatifs à « l’hydrogène vert », dans les régions souffrant de stress hydrique.
Enfin, ils ont appelé à orienter la recherche scientifique vers la « souveraineté énergétique et hydrique », à travers l’adaptation des programmes scientifiques et techniques au développement de technologies locales à même de garantir cette souveraineté, en particulier dans les domaines du stockage de l’énergie et de l’efficacité énergétique, tout en protégeant les ressources agricoles et hydriques.


