TOZEURDans la perspective de diversifier l’économie de la région de Tozeur (sud-ouest de Tunisie) réputée, jusqu’ici,  pour sa vocation touristique (écosystème oasien exotique) et pour la production de la meilleure qualité de datte à haute valeur marchande (deglet nour), le gouvernement vient de renforcer son activité économique par deux nouveaux projets structurants porteurs.

Le premier aura, à terme,  une vocation industrielle et pourrait, une fois réalisé doter, en principe,  la région d’un important complexe d’industrie de nouvelle génération.

Le second est un projet de services. Il se propose de faire du poste frontalier Hezoua (délégation du gouvernorat de   Tozeur) un hub transfrontalier  à même de contribuer au développement des échanges commerciaux non seulement avec l’Algérie mais aussi avec les pays subsahariens : Niger, Tchad, Burkina Faso…

Vers la création d’une unité de transformation du sel dans la région de Tozeur

Dans le détail, au commencement du premier projet, l’octroi d’un permis de recherche de substances minérales dit « Chott El Gharsa ». Ce permis, paru dans le Jort du 3 avril 2026, a été accordé par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie à la société «Gulf Care Company Branch Tunisia », une multinationale basée au Koweït et connue pour la diversité de ses investissements : métallurgie, exploitation des sels minéraux,  services pétroliers, secteur sanitaire et pharmaceutique…

Accordé pour une période initiale de trois années et une extension de 25 ans de la durée de validité de la concession d’exploitation, ce permis, qui va mobiliser, dans une première étape, un investissement de 1,2 MDT. Ce montant dérisoire,  à première vue,  est, d’après la littérature du contrat, dédié à la délimitation de la zone économique des recherches.

Le permis relève du 4ème groupe (sel) des substances minérales prévues par le code des mines. Ce groupe couvre les sels naturels solides ou dissous se présentant en gisements massifs ou en saumures naturelles telles que les chlorures (y compris le sel marin), les bromures, les iodures, les borates, les sulfates, les nitrates et les autres sels associés dans les mêmes gisements.

A signaler que le sel extrait du chott Jerid devrait comporter, normalement,  un composant très demandé à l’international, en l’occurrence, le litium.

Ce produit est utilisé pour fabriquer  des piles électriques et batteries d’accumulateurs rechargeables ou à haute tension . Ces batteries sont utilisées dans l’industrie du verre et des céramiques techniques, des lubrifiants spéciaux, le traitement de l’air vicié par le CO2, la métallurgie et l’industrie du caoutchouc et des thermoplastiques, la chimie fine, la production d’alliages. Le litium est utilisé également en médecine (psychiatrie) et en physique nucléaire.

Apparemment, l’actuel ministère de l’industrie, des mines et de l’énergie est conscient de cette valeur technologique du litium  en ce sens où le contrat prévoit, en cas de confirmation de découvertes, la transformation de ce permis en une unité industrielle qui sera implantée dans la  région de Tozeur.

Il y a là une importante évolution de la négociation par les tunisiens des contrats conclus avec les étrangers pour l’exploitation et la transformation en Tunisie  des ressources naturelles du pays.  L’actuel ministère semble avoir tiré les enseignements de la sous-facturation d’anciens contrats du sel conclus avec des compagnies étrangères. A titre indicatif, la Compagnie générale des Salines de Tunisie (COTUSAL), société à capitaux français exploite, jusqu’à ce jour,  le sel tunisien au « franc symbolique » depuis l’époque coloniale (1949), et ce,  sans aucun intérêt économique et  sans transfert technologique pour la Tunisie.

Dans ce contexte, l’intérêt du permis accordé à la société «Gulf Care Company Branch Tunisia » réside, selon le document du contrat,  dans sa future évolution et sa transformation  une unité industrielle implantée dans la région de Tozeur, ce qui pourrait faire de gouvernorat un nouveau pôle industriel de grande qualité technologique.

Les Étapes Clés de la Transformation

1.Statut Commercial Acquis: Depuis 2024.

Anciennement dédié au passage des personnes (1,2 million de voyageurs), le poste frontalier de Hazoua obtient le statut de poste frontalier commercial.

2.Aménagement Logistique: Démarrage – Mai 2026.

Lancement des travaux sur 2,500 hectares pour créer un espace dédié aux activités logistiques et à l’entreposage de marchandises (investissement de 4,4 MDT).

3.Connexion Subsaharienne: Horizon 2027-2028.

Opérationnalisation du corridor commercial continental reliant les pays enclavés (Niger, Tchad, Burkina Faso) aux ports tunisiens de la Méditerranée.

Bientôt un hub trasnfrontalier à Hazoua

Le deuxième projet structurant qui ne manquera de renforcer l’économie de la région de Tozeur, porte sur la transformation, dans le cadre de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), du poste frontalier de Hazoua en point stratégique pour le commerce transfrontalier. Il devrait favoriser le développement des échanges commerciaux avec l’Algèrie mais aussi avec les pays africains subsahariens enclavés: Tchad, Niger, Mali, Burkina Faso et la République centrafricaine.

A cette fin, deux importants prérequis ont été réalisés. Le premier consiste à doter, depuis 2024,  le poste frontalier de Hazoua, du statut de poste frontalier commercial. Cela signfie  que ce passage terrestre, exploité auparavant seulement pour le passage des personnes (plus de 1,249 million de passagers en 2024) ou des équipements pétroliers, permettra, dorénavant,  des échanges commerciaux plus diversifiés et plus denses.

Le deuxième pré-requis consistera, en prévision entre autres de la création d’une zone de libre échange avec l’Algérie,  en l’aménagement, au mois de mai prochain, sur une superficie de 2500 hectares, à la périphérie du poste frontalier de Hazoua d’un espace dédié aux activités logistiques (entreposage  de marchandises…), et ce, moyennant un investissement public de 4,4 MDT.

Par le canal de ces deux projets structurants, le gouvernement entend enrichir l’économie de la région de Tozeur, ériger le district du sud ouest du pays en pôle économique diversifié et consolider son statut de «porte d’Afrique» pour le commerce international.

C’est d’ailleurs dans cet esprit que la Tunisie œuvre pour la concrétisation et la mise en place d’un corridor commercial continental qui relierait les pays enclavés d’Afrique centrale aux différents ports tunisiens donnant sur la Méditerranée.

In fine, à travers cette nouvelle orientation, nous ne pouvons nous interdire de voir dans cette nouvelle tendance, une volonté politique de diversifier les débouchés commerciaux de la Tunisie et de ne plus compter uniquement sur l’Union européenne avec laquelle elle assure plus de 70% der son commerce extérieur.

Abou SARRA

EN BREF

  • Le gouvernement tunisien lance deux projets majeurs pour diversifier l’économie de la région de Tozeur, au-delà du tourisme et des dattes.
  • L’un des projets prévoit une unité de transformation industrielle à Tozeur pour exploiter le potentiel technologique du lithium dans le Chott El Gharsa.
  • Cette initiative marque une rupture avec les contrats passés, visant un transfert de technologie et la création de valeur ajoutée locale.
  • Le poste frontalier de Hazoua est transformé en un hub transfrontalier stratégique dans le cadre de la ZLECAf, pour le commerce continental.
  • Ces projets visent à positionner le district comme une «porte d’Afrique», connectant les pays subsahariens aux ports méditerranéens.