Economie CriseLa Tunisie reste engagée dans une trajectoire de stabilité défensive, mais la séquence actuelle montre que cette stabilité ne repose plus seulement sur la politique monétaire. Elle passe aussi par une intensification de la diplomatie financière. C’est le principal enseignement des dernières prises de parole et rencontres menées à Washington par le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fethi Zouhaier Nouri, en marge des Réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale.

La vulnérabilité externe au cœur du diagnostic

Le message est clair : pour une économie non productrice d’énergie comme la Tunisie, les chocs extérieurs ne sont plus des accidents ponctuels, mais un environnement durable. En recevant le Fonds monétaire arabe, le gouverneur a insisté sur la nécessité de développer des instruments plus innovants pour renforcer la résilience des économies arabes exposées aux turbulences mondiales. Cette lecture rejoint le diagnostic déjà dominant : le principal risque pour la Tunisie reste externe, à commencer par l’énergie, le financement et l’inflation importée.

Rassurer les investisseurs sur les fondamentaux

Mais la nouveauté du moment réside dans l’effort visible de sécurisation du narratif tunisien auprès des investisseurs. Les échanges avec plusieurs institutionnels internationaux ont permis à la BCT de mettre en avant les fondamentaux macroéconomiques du pays, la résilience de l’économie face aux chocs extérieurs et les efforts engagés pour préserver la stabilité financière. Plus important encore, l’institution a clairement rappelé le rôle que peuvent jouer les investisseurs étrangers dans le financement de l’économie, notamment à travers les instruments souverains tunisiens sur les marchés internationaux.

Une contrainte toujours bien réelle

Cette séquence ne signifie pas que la Tunisie a levé ses contraintes. Les besoins de financement restent élevés, la croissance demeure modérée, et la dépendance énergétique continue de peser sur les équilibres extérieurs. Mais elle montre que les autorités monétaires ne se contentent plus de gérer la stabilité en interne. Elles cherchent aussi à consolider la confiance externe, dans un contexte où la perception du risque pays devient presque aussi importante que les indicateurs eux-mêmes.

Le signal régional à ne pas négliger

L’autre signal notable vient de la dimension régionale. Les rencontres avec les gouverneurs de la Banque centrale de Libye et de la Banque d’Algérie dépassent le simple cadre protocolaire. Les discussions sur les systèmes de paiement, les systèmes d’information et la coopération technique suggèrent une volonté de créer des passerelles plus solides au sein de la région, avec en arrière-plan un objectif plus large : fluidifier les échanges commerciaux et approfondir l’intégration économique.

Une crédibilité à transformer en levier

Pour les marchés, la lecture est donc plus nuancée qu’une simple opposition entre fragilité et résilience. La Tunisie reste exposée, mais elle active ses leviers. Le risque dominant demeure énergétique et financier. Le point d’appui, lui, est institutionnel. Dans ce contexte, la BCT tente de transformer une posture défensive en stratégie de crédibilité. Pour l’instant, le pays amortit encore les chocs. L’enjeu, désormais, est de convaincre qu’il peut aussi mieux les financer.

EN BREF

  • Croissance 2026 : Une progression modérée fixée à 2,1%, évitant le décrochage mais insuffisante pour des réformes profondes.
  • Désinflation réelle : L’inflation se stabilise à 5%, bien que restant vulnérable aux prix des importations.
  • Réserves de change : Un niveau de sécurité de 100 jours, jugé acceptable mais fragile face à des chocs prolongés.
  • Rôle de la BCT : Une action institutionnelle intensifiée pour maintenir la crédibilité auprès des partenaires internationaux.
  • Risque majeur : La dépendance énergétique et les conditions de financement externes restent les principales menaces.