Image Guerre au Moyen-OrientRarement au centre des projecteurs, la Tunisie occupe pourtant une place stratégique dans l’équilibre géopolitique du bassin méditerranéen et du Sahel. Dans une note récente, l’ambassadeur américain Joey Hood rappelle que négliger Tunis serait une erreur majeure pour Washington, tant sur le plan sécuritaire qu’économique.

Un carrefour géographique convoité depuis des siècles

La Tunisie, située à la jonction du détroit de Sicile et des portes du Sahara, a toujours attiré les convoitises des grandes puissances. De Carthage à l’Empire romain, de la France coloniale à l’Allemagne nazie, en passant par les ambitions de Kadhafi ou les22 recrutements massifs de Daech, ce territoire a été perçu comme un pont vers l’Afrique et l’Europe.

Aujourd’hui encore, son rôle dépasse largement ses frontières : deuxième producteur mondial d’huile d’olive, exportateur majeur de dattes et d’agrumes, mais surtout pays doté d’une main-d’œuvre hautement qualifiée en sciences et technologies. C’est cette richesse humaine qui en fait une cible privilégiée pour les mouvements extrémistes, mais aussi une opportunité pour les États-Unis.

Une longue histoire de coopération sécuritaire

Les relations sécuritaires entre Washington et Tunis remontent au début du XIXe siècle, avec les guerres barbaresques et la création du premier escadron méditerranéen américain. Après l’indépendance en 1956, le président Bourguiba choisit les États-Unis comme partenaire stratégique.

Depuis 2011, la coopération s’est intensifiée pour contrer la menace terroriste. Les attentats de Tunis, l’attaque de Ben Guerdane en 2017 et les infiltrations de Daech ont montré la vulnérabilité du pays. L’aide militaire américaine – formation, équipements, financement – a été décisive.

Pour Joey Hood, réduire aujourd’hui cette assistance serait une erreur : « Les infrastructures, les entraînements et les partenariats bâtis depuis quinze ans sont des acquis précieux. Les abandonner reviendrait à céder le terrain à d’autres influences, notamment russes. »

La “Vision” : « La Tunisie n’est pas un simple petit pays méditerranéen. Elle est un pivot discret mais essentiel dans la stratégie américaine, un carrefour où se croisent sécurité, économie et influence géopolitique. »

Exporter la stabilité vers le Sahel

La Tunisie peut devenir une plateforme régionale de formation et de coopération sécuritaire. Déjà hôte du grand exercice militaire « African Lion », elle dispose d’infrastructures capables d’accueillir des forces venues du Sahel.

L’idée est simple : utiliser Tunis comme hub de formation pour les armées du Niger, du Burkina Faso ou du Mali, fragilisées par les coups d’État et la montée des groupes armés. En intégrant ces pays dans des exercices multinationaux, les États-Unis et leurs alliés européens pourraient renforcer leurs capacités sans intervention directe.

Ce modèle, insiste Hood, permettrait de bâtir une relation d’égal à égal, loin du schéma paternaliste hérité de l’époque coloniale. La confiance, plus que les armes, serait le véritable capital à exporter.

L’économie comme levier stratégique

Au-delà du militaire, l’ambassadeur plaide pour un nouveau modèle économique. Les réformes imposées par le FMI, rejetées par le président Kaïs Saïed, ne trouvent plus de légitimité. Les subventions sur le carburant et l’alimentation, jugées insoutenables par les économistes, restent politiquement intouchables.

La solution proposée : l’investissement direct et la production offshore. Plus de 75 entreprises américaines produisent déjà en Tunisie, dans le textile, l’agroalimentaire ou l’automobile. Grâce à sa proximité avec l’Europe et ses accords commerciaux, Tunis offre un avantage compétitif unique.

Exemple frappant : Carthage Seafood, devenue en quelques années un acteur majeur du marché américain du crabe bleu, au moment où les stocks locaux s’effondraient. Pour Hood, multiplier ce type de success stories permettrait de stabiliser l’économie tunisienne tout en profitant aux consommateurs américains.

La “Vision” : « La Tunisie n’est pas un simple petit pays méditerranéen. Elle est un pivot discret mais essentiel dans la stratégie américaine, un carrefour où se croisent sécurité, économie et influence géopolitique. »

Un partenariat gagnant-gagnant

L’ambassadeur insiste sur la nécessité de montrer aux Tunisiens que la coopération n’est pas une imposition, mais un partenariat équitable. Les investissements dans l’éducation, la formation policière et militaire, ou encore dans l’industrie, doivent être perçus comme des opportunités partagées.

La nouvelle académie de police de Nabeul, financée conjointement par Washington et Tunis, illustre cette logique : accueillir des milliers de stagiaires africains, former en plusieurs langues, et créer un réseau régional de forces de sécurité.

La Tunisie face aux rivalités mondiales

Dans un contexte marqué par la compétition avec la Russie et la Chine, la Tunisie représente une alternative crédible. Alors que Moscou déploie des mercenaires au Sahel et que Pékin investit massivement dans les infrastructures africaines, Washington peut s’appuyer sur Tunis pour proposer un modèle différent : coopération, formation, investissement productif.

La Tunisie n’est pas un simple petit pays méditerranéen. Elle est un pivot discret mais essentiel dans la stratégie américaine, un carrefour où se croisent sécurité, économie et influence géopolitique. Joey Hood rappelle que l’histoire a toujours placé Tunis au cœur des grandes rivalités mondiales.

Aujourd’hui, la question n’est pas de savoir si la Tunisie est importante, mais si les États-Unis sauront saisir cette opportunité avant que d’autres puissances ne la transforment en levier contre leurs propres intérêts.

A.B.A

EN BREF

  • Position Stratégique : La Tunisie est un carrefour crucial entre la Méditerranée et le Sahel, historiquement convoité et géopolitiquement pivot.
  • Alerte Diplomatique : L’ambassadeur US Joey Hood avertit que négliger Tunis serait une erreur majeure, laissant le champ libre à l’influence russe.
  • Hub Sécuritaire : La Tunisie peut devenir une plateforme régionale de formation pour stabiliser les armées du Sahel (ex: exercice African Lion).
  • Nouveau Modèle Économique : Face à l’impasse du FMI, l’accent est mis sur l’investissement direct (production offshore) avec 75+ entreprises US déjà présentes.
  • Alternative aux Rivaux : Washington doit s’appuyer sur Tunis comme alternative au modèle sécuritaire russe (Wagner) et économique chinois en Afrique.