
Selon l’Union africaine, Co initiatrice du projet la création de l’Agence africaine de notation de crédit représente une étape cruciale pour affirmer la position de l’Afrique en matière de gouvernance financière mondiale.
Objectifs recherchés : améliorer la transparence, réduire la dépendance vis-à-vis des trois agences internationales de notation de crédit et répondre aux besoins spécifiques des pays, des institutions et des contextes africain».
Les débats engagés portent essentiellement sur l’acceptabilité par les investisseurs internationaux de cette nouvelle agence aux côtés des autres agences occidentales : Moody’s Investor Service (Moody’s), Fitch Ratings (Fitch), Standard & Poor’s et Scope Ratings, agence européenne créée récemment.
La “Vision” : «La création de l’Agence africaine de notation de crédit représente une étape cruciale pour affirmer la position de l’Afrique en matière de gouvernance financière mondiale.» (Union Africaine)
Les agences de rating traditionnelles ne comprennent pas les réalités africaines
Interpellé sur cette question par quelques journalistes en charge de l’actualité économique africaine, Yemi Kale, économiste en chef et directeur de la recherche chez Afreximbank, a donné des éclairages forts instructifs sur cette initiative.
Il a déclaré à propos des motifs qui ont amené les institutions politiques et financières africaines à projeter la création de l’ACFRA, qu’ils émanent de « leur conviction que les agences de notation traditionnelles ne comprennent pas les réalités africaines ».
D’après lui, « les agences traditionnelles méconnaissent les nuances de nos économies. Par exemple, en Afrique, des décisions économiques peuvent être influencées par des facteurs sociaux, comme privilégier un commerce local ou familial, même si ce n’est pas l’option la moins chère. Ces réalités, qui n’ont pas de sens dans leurs modèles, conduisent à des notations défavorables qui nous pénalisent. C’est pourquoi une agence de notation africaine est nécessaire, capable de développer des indicateurs adaptés à nos contextes ».
En plus clair encore, il estime que les agences de rating traditionnelles « appliquent des critères conçus pour leurs propres économies, qui ne reflètent pas les dynamiques africaines ».
Il donne pour exemple, leur fâcheuse tendance à « qualifier, de manière presque automatique, les pays africains de pays « à haut risque », ce qui justifie des taux d’intérêt plus élevés. Ces taux élevés augmentent le risque de défaut, ce qui, à son tour, est utilisé pour confirmer leur évaluation initiale. C’est un cercle vicieux ».
Le projet de création d’une agence de rating africaine pourrait faire l’objet de résistances
Concernant l’enjeu de convaincre les investisseurs internationaux du bien fondé de cette agence, il a admis « qu’une nouvelle agence fera face à des résistances initiales, comme ce fut le cas pour les agences actuelles à leurs débuts. Cependant, a-t-il-dit, en adoptant une approche transparente, en expliquant clairement ses méthodologies et en démontrant leur pertinence, elle gagnera en crédibilité. À mesure que les pays africains adopteront cette agence, les investisseurs internationaux n’auront d’autre choix que de la reconnaître ».
Pour l’économiste Yemi Kale, des régions comme l’Asie ont déjà leurs propres agences, adaptées à leurs réalités. L’Afrique doit suivre cet exemple pour mieux refléter les dynamiques de notre continent ».
Abou SARRA
EN BREF
- L’Union Africaine et la BAD portent le projet de création de l’Agence Africaine de Notation de Crédit (ACFRA).
- L’objectif est de réduire la dépendance vis-à-vis de Moody’s, Fitch et S&P, jugées inadaptées aux contextes locaux.
- Yemi Kale (Afreximbank) dénonce un “cercle vicieux” où les notations “haut risque” injustifiées augmentent les taux d’intérêt, provoquant le risque de défaut.
- L’ACFRA vise à développer des indicateurs spécifiques intégrant les nuances économiques et sociales africaines.
- La crédibilité internationale de l’agence se construira par la transparence méthodologique et l’adoption progressive par les pays africains.


