Une étude chiffre à 1,6 milliard d’euros le coût annuel de la prostitution

00d6d9bb37d21641e3abf4da3ae5129111d9a713.jpg
ées dans une rue de Toulouse (Photo : Remy Gabalda)

[28/05/2015 16:15:13] Paris (AFP) La prostitution coûte 1,6 milliard d’euros par an à la société française, selon une étude du Mouvement du Nid et de la société d’experts Psytel, qui vient renforcer les partisans de son abolition et de la pénalisation des clients.

A quelques jours de l’examen le 12 juin de la proposition de loi sur la prostitution en seconde lecture à l’Assemblée, cette étude, baptisée Prostcost, se veut une réponse à la Commission européenne, qui en 2014, avait proposé aux Etats membres d’inclure dans le calcul de leur PIB le chiffre d’affaires de la prostitution, ce que la France avait refusé.

Prostcost “prend à revers le mythe d’une prostitution créatrice de croissance” et propose “une estimation du double fardeau économique et social” que fait peser la prostitution sur les prostituées et sur la société, explique les auteurs de l’étude.

Le Mouvement du Nid ne cache pas son objectif: prouver que “la prostitution est une violence spécifique motivée par le profit”, explique Grégoire Théry, son secrétaire général, qui entend utiliser cette étude pour inciter les parlementaires à voter la pénalisation des clients et le renforcement des aides aux prostituées.

Pour cela il a fait appel à la caution technique de Psytel, une société d’experts des questions sociales (statisticiens, économistes,…), qui avait déjà évalué le coût social des violences conjugales, devenue une référence.

“Notre étude est un outil pour montrer que si on met plus d’argent dans la prévention, on peut économiser sur les conséquences sociales et économiques de la prostitution”, explique Marc Nectoux, directeur de Psytel.

A partir de données nationales, notamment de l’Insee, d’études existantes, d’analyses d’experts et d’interviews de prostituées, les auteurs ont identifié “29 postes de coûts” (coûts médicaux, coûts humains, conséquences sociales, etc.), pour un montant total estimé à 1,6 milliard.

Ils ont également estimé à 37.000 le nombre de prostituées en France, dont la grande majorité (62%) officieraient sur internet, 30% dans la rue et 8% dans des bars à hôtesses ou salons de massage.

– Evasion fiscale –

Les auteurs évaluent aussi à 3,2 milliards le chiffre d’affaires de la prostitution, en se basant sur le nombre de prostituées estimé et leurs gains mensuels moyens supposés. Ils aboutissent à un revenu annuel moyen par prostituée d’environ 87.700 euros.

Mais cet argent “est en bonne partie soustrait au circuit de l’économie classique” et notamment “envoyé à l’étranger”, affirme l’étude, qui évalue à 853 millions d’euros cette évasion fiscale.

“Si les clients dépensaient leur argent dans n’importe quelle autre activité, la société française économiserait chaque année plusieurs centaines de millions d’euros de dépenses liées aux conséquences de la prostitution et augmenterait ses recettes fiscales”, affirment les auteurs.

En comparaison, les dépenses sociales (hébergement d’urgence, allocations sociales, actions de prévention, etc.) dont bénéficient les prostituées sont estimées entre 50 et 65 millions et les fonds publics alloués aux associations qui leur viennent en aide ne s’élèvent qu’à 2,4 millions d’euros. “Cela représente seulement 65 euros par an et par personne”, souligne Justine Rocherieux, coordinatrice du Mouvement du Nid en Ile-de-France.

De même, les frais de police et de justice pour lutter contre le proxénétisme et les réseaux sont évalués à 35 millions. “Le seul budget de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains s’établit à moins de 2 millions d’euros, alors qu’ils combattent un secteur qui coûte 1,4 milliard”, déplore Grégoire Théry.

L’étude établit aussi les surcoûts de santé liés à la prostitution (consultations médicales, IVG, médicaments, addictions) à 86 millions.

Quant au “coût humain” (viols, violences physiques, années de vie perdues), ils l’évaluent à 311 millions d’euros, soulignant notamment que les prostituées sont 6 fois plus exposées au viol que la population générale.

Les conséquences sociales indirectes (placements des enfants, homicides et suicides), pèsent quant à elles à 306 millions. Si on ignore combien de prostituées sont tuées chaque année, le Mouvement du Nid a dénombré 7 homicides en 2014, dont au moins 4 par des clients.