Sony poids lourd du jeu vidéo 20 ans après la première Playstation

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à Shanghai le 31 juillet 2014 (Photo : Johannes Eisele)

[03/12/2014 13:05:00] Paris (AFP) Le groupe japonais Sony a remporté son pari de s’installer dans le monde du jeu vidéo, devenant un acteur majeur de cette industrie vingt ans après avoir lancé la première Playstation.

Le 3 décembre 1994, l’inventeur du “Walkman” commercialisait au Japon sa console de salon et devenait le troisième constructeur de premier plan, face à ses rivaux Nintendo et Sega, depuis reconvertis en simple développeur et éditeur de jeux.

L?Amérique du Nord et l’Europe ont pour leur part dû attendre septembre 1995 pour voir la machine débarquer sur leurs territoires.

“L’arrivée de Sony dans le secteur de la console de jeux vidéo domestique ne s’est pas faite d?un coup: c’est un processus long et progressif qui aboutit à la sortie de la Playstation en 1994”, explique à l’AFP Alexis Blanchet, maître de conférence à l’université Paris-III Sorbonne Nouvelle et chercheur à l’Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel.

Le groupe japonais avait déjà un pied dans cette industrie puisqu’il fournissait le processeur audio de la Super Nintendo et avait travaillé sur une extension pour cette machine, avant que Nintendo ne lui tourne brutalement le dos pour travailler avec le néerlandais Philips.

Fin 1994, Sony propose une console à la pointe de la technologie, pensée pour afficher des graphismes en 3D, avec des titres alors visuellement comparables à ce qui se faisait dans les salles d’arcade, et dont les jeux étaient sur CD.

Ce coup d’essai est un succès, avec plus de 100 millions de consoles écoulées et des vétérans Nintendo et Sega relégués loin derrière.

Sa réussite, Sony la bâtit notamment sur une communication décalée, où les images des jeux sont pratiquement absentes pour mettre en avant la pratique du jeu vidéo comme une “culture émergente”, relève M. Blanchet.

“A notre arrivée, le jeu vidéo était vu comme un loisir de niche. L’une de nos réussites est d’avoir réussi à en faire un objet culturel légitime, comme peuvent l’être la musique ou le cinéma”, fait valoir auprès de l’AFP Jim Ryan, PDG de Sony Computer Entertainment Europe.

La Playstation voit également naître des séries de jeux devenues cultes, à l’image de “Gran Turismo”. Et, quand elle n’innove pas, elle remet au goût du jour des sagas (“Metal Gear Solid”) ou permet d’exporter des productions jusqu’alors réservées essentiellement au public japonais (“Final Fantasy”).

Depuis cette première incursion dans le monde du jeu, trois autres générations de consoles de salon ont suivi. Si la Playstation 2, lancée en 2000, reste le grand succès de la marque (plus de 150 millions de ventes), la Playstation 3, sortie en 2006, a rencontré davantage de difficultés (83 millions), souffrant de l’immense popularité de la Wii de Nintendo qui a démocratisé le jeu vidéo auprès du grand public grâce à sa technologie fondée sur la reconnaissance des mouvements (100 millions).

A l’heure actuelle, la Playstation 4, qui vient de fêter son premier anniversaire, domine le marché, avec 13,5 millions de ventes fin septembre, face à la WiiU de Nintendo et à la Xbox One de l’américain Microsoft, le dernier constructeur à avoir débarqué dans le secteur en 2001.

“A chaque génération, Sony a tenté d’apporter une innovation dans ses machines pour faire la différence: la Playstation avait des jeux sur CD, la Playstation 2 avait un lecteur DVD, la Playstation 3 un lecteur Blu-ray et la Playstation 4 est pensée pour le +cloud+ (le jeu en streaming, ndlr)”, détaille Laurent Michaud, responsable du département chargé de l’électronique grand public de l’institut Idate.

Au sein de Sony, qui traverse actuellement une période difficile, la branche consacrée aux jeux vidéo constitue l’un des rares motifs de satisfaction. Et, preuve de l’importance prise par cette activité, son ancien patron Kazuo Hirai est devenu PDG de l’ensemble du groupe en 2012.

En revanche, Sony n’a jamais réussi à détrôner Nintendo dans le domaine des consoles portables, où sa Playstation Portable puis sa PS Vita ont été balayées par les gammes DS puis 3DS.

“Nous avons aussi souffert de l’émergence du jeu mobile sur smartphones et tablettes, qui a su attirer les joueurs occassionnels”, admet M. Ryan.

Autre “moment difficile” qu’il concède: le piratage qui a visé les services en ligne de Sony en 2011, qualifié de “situation la plus compliquée en 20 ans” par le PDG de Sony Computer Entertainment Europe.

A l’époque, le jeu en ligne avait été interrompu pendant près d’un mois et le groupe contraint à des excuses publiques.