Projets Publics ELMEDLe Conseil ministériel restreint du 4 juin 2026, présidé par la Cheffe du Gouvernement Sarra Zafrani Zenzri, a affiché une volonté claire : accélérer l’exécution des projets publics dans tous les secteurs. Mais derrière les chiffres et les promesses, se pose une question centrale : qu’en est-il de l’état réel des infrastructures et des services publics en Tunisie ?

Santé : des hôpitaux en construction, mais des médicaments introuvables

Le gouvernement met en avant la construction de nouveaux hôpitaux (Kairouan, Sidi Bouzid, Gafsa, etc.) et la modernisation du système e‑Santé. Pourtant, dans les pharmacies et les hôpitaux, la pénurie de médicaments essentiels persiste. Comment concilier ces grands projets avec la réalité quotidienne des patients qui peinent à trouver leurs traitements ?

Transport : projets ferroviaires, mais des bus délabrés

Le doublement de lignes ferroviaires et le lancement du réseau rapide sont annoncés. Mais dans le Grand Tunis, les routes saturées et les moyens de transport publics délabrés restent une urgence. Où en est la réhabilitation des bus et du métro léger ? Les usagers attendent des solutions immédiates, pas seulement des projets à long terme.

Équipement et logement : grands chantiers, lenteurs locales

Pont de Bizerte, autoroute Tunis–Jelma, réhabilitation des quartiers… autant de projets structurants. Mais dans les quartiers populaires du Grand Tunis, les habitants dénoncent encore des routes défoncées, des réseaux d’eau défaillants et des logements insalubres.

Pourquoi ces projets tardent-ils à se traduire en amélioration concrète du quotidien ? Qu’en est il de la responsabilité des autorités locales dans l’amélioration de la qualité de vie et du cadre de vie des citoyens ?

 Énergie : interconnexion internationale ou entretien local ?

Le projet ELMED d’interconnexion électrique avec l’Italie est présenté comme stratégique pour l’avenir énergétique du pays. Mais une question s’impose : comment justifier des investissements internationaux alors que les centrales de la STEG souffrent d’un manque criant de maintenance et que les équipements vieillissants fragilisent la continuité du service national ?
Dans plusieurs régions, les coupures d’électricité restent fréquentes, révélant une infrastructure sous tension. Avant de se projeter vers l’exportation et l’intégration régionale, ne faudrait-il pas investir en priorité dans la réhabilitation des centrales, la modernisation des réseaux et la fiabilité des équipements existants ?
Car sans un socle solide, l’interconnexion risque de n’être qu’une vitrine internationale, incapable de répondre aux besoins quotidiens des citoyens et des entreprises.

Agriculture et environnement : barrages et épuration, mais pollution persistante

La construction de nouveaux barrages et stations d’épuration est annoncée. Pourtant, la pollution des oueds et le manque d’eau dans les zones rurales continuent de menacer l’agriculture. Les projets annoncés répondent-ils réellement aux urgences locales ?

Numérique et gouvernance : plateformes modernes, mais lenteurs administratives

La plateforme numérique unifiée de suivi des projets publics est présentée comme une avancée majeure. Mais les citoyens et investisseurs se heurtent encore à des procédures administratives longues et complexes. La digitalisation annoncée peut-elle réellement réduire la bureaucratie ?

Le Conseil ministériel du 4 juin 2026 illustre une volonté politique d’accélérer les projets publics. Mais les Tunisiens attendent avant tout des résultats tangibles : routes praticables, transports fiables, médicaments disponibles, services publics efficaces. Tant que ces besoins essentiels ne seront pas satisfaits, les annonces resteront perçues comme des promesses éloignées de la réalité.

Cependant, si les chantiers annoncés s’accompagnent d’une priorité donnée à la maintenance des infrastructures existantes, à la transparence dans l’exécution et à une gouvernance plus proche des citoyens, ils peuvent devenir le socle d’un redressement durable. L’espoir demeure que ces projets, une fois concrétisés, ouvrent la voie à une Tunisie où les services publics répondent enfin aux attentes légitimes de la population et où l’investissement devient un moteur réel de confiance et de croissance.

Encadré

Capacité installée des centrales STEG : environ 5 000 MW, dont une majorité au gaz naturel.
Taux de disponibilité réel : chute régulière en raison du manque de maintenance préventive.
Coupures d’électricité : assez fréquentes par dans certaines régions intérieures.
Investissements nécessaires : modernisation des turbines, réhabilitation des réseaux de transport, sécurisation des équipements critiques.
Comparaison : le projet ELMED représente un investissement de plusieurs centaines de millions d’euros, alors que la maintenance locale requiert une fraction de ce montant mais reste sous-financée.