Au cours du mois de mai 2026, le taux d’inflation en Tunisie, s’est stabilisé à 5,5%, maintenant, ainsi, le même niveau enregistré le mois précédent. Cette stabilité a été enregistrée alors que l’indice des prix à la consommation a poursuivi son rythme ascendant à un rythme limité, indiquant que le coût de la vie continue d’augmenter, ce qui reflète la poursuite des variations des niveaux des prix malgré la stabilité du taux d’inflation global.

Selon les données de l’Institut National de la Statistique (INS), l’indice des prix à la consommation a progressé passant de 194,8 points, en avril 2026 à 195,5 points en mai 2026, tandis que le taux d’inflation annuel est resté stable à 5,5%.

En se référant sur les données de l’INS et de la Banque Centrale de Tunisie(BCT), l’expert en gestion d’actifs, Larbi Benbouhali, a indiqué que la stabilité du taux d’inflation ne signifie pas une stabilité des prix, mais indique seulement que les prix continuent de progresser à un rythme annuel proche de celui observé au cours des mois précédents.

L’indice des prix à la consommation de 195,5 points en mai 2026 signifie que le niveau général des prix est devenu supérieur d’environ 95,5 % à celui de l’année de référence 2015, reflétant ainsi la forte hausse du coût de la vie enregistrée au cours de ces dernières années, estime l’expert.

Craintes d’une nouvelle vague inflationniste

Selon l’analyse de l’expert, l’économie tunisienne pourrait faire face, au cours de la période à venir, à une nouvelle vague de pressions inflationnistes résultant de l’interaction de plusieurs facteurs internes et externes.

Il considère que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les éventuelles hausses des prix mondiaux de l’énergie qui pourraient en découler, constituent l’un des principaux risques susceptibles de maintenir l’inflation à des niveaux élevés pendant une période plus longue.

Et d’expliquer que toute nouvelle augmentation des prix du pétrole ou des coûts du transport maritime et du fret international se répercutera directement sur les coûts de production et d’importation en Tunisie, ce qui pourrait entraîner une transmission des pressions inflationnistes à l’ensemble des secteurs économiques.

Benbouhali prévoit, également, que la persistance de l’inflation conduira à maintenir une politique monétaire prudente, avec des taux d’intérêt relativement élevés afin de limiter les pressions inflationnistes, ce qui pourrait impacter l’investissement et la croissance économique, au cours de la prochaine période.

Des facteurs internes sont à l’origine de l’inflation

Selon l’expert financier, les pressions inflationnistes actuelles sont causées, entre autres, par des facteurs internes, dont l’expansion de la masse monétaire au cours des dernières années et la hausse des coûts des salaires et de production, évoquant l’effet indirect de l’injection par la BCT de 20 milliards de dinars dans l’économie au cours des deux dernières années,

Ainsi, la masse monétaire en circulation (billets et pièces) a atteint 30 milliards de dinars, soit une augmentation de 11 % au cours des douze derniers mois, en plus de la hausse des salaires des ouvriers.

Cela a entraîné une augmentation des prix des biens de consommation, et, par conséquent, une hausse de taux d’inflation dans les services, ainsi qu’une augmentation des prix des actifs (inflation des actifs), selon les données de la BCT.

Il a, également, souligné que la hausse des prix est expliquée par les pressions financières liées au déficit budgétaire et au financement des dépenses publiques, en plus des déséquilibres structurels dont souffre le système de distribution précisant que :« le financement des subventions de l’énergie et de l’alimentation nécessite souvent des dépenses publiques importantes ».

« Si ce financement est assuré par la création monétaire plutôt que par les recettes fiscales, cela risque d’aggraver les pressions inflationnistes, a-t-il ajouté.

A cet égard, il a fait remarquer que nous observons une hausse mensuelle de l’indice des prix à la consommation à partir de mars 2025 (BCT et budgets 2025 et 2026) , suite à l’injection par le gouvernement de 20 milliards de dinars dans l’économie.

L’expert souligne que la multiplication des intermédiaires entre le producteur et le consommateur final entraîne une hausse des prix de nombreux produits alimentaires et de consommation courante, ce qui alourdit le coût de la vie pour les familles tunisiennes.

Dans le secteur agricole, l’expert a indiqué que le renchérissement des prix des fourrages et des engrais, ainsi que la baisse du cheptel ces dernières années, ont contribué à la hausse des prix de la viande rouge et d’un certain nombre de denrées alimentaires de base.

Salaires et pouvoir d’achat

L’augmentation des salaires nominaux, toutes taxes comprises, s’élève cette année à 5 % (augmentation nette d’impôt est de 3,5 %), alors que le taux d’inflation est de l’ordre de 5,5 %.

Par conséquent, la perte de revenu réel des ménages tunisiens s’élève à 2 %. De plus, l’inflation cumulée au cours des trois dernières années s’élève à 18,6 % (2024, 2025 et 2026), en comparaison avec la hausse réelle des salaires des ménages de 5 % en 2026 et l’augmentation des salaires de 2,6 % en 2025 dans le secteur privé.

Concernant l’impact de l’inflation sur les ménages, l’expert estime que les récentes augmentations salariales ne suffisent pas à compenser la hausse cumulée des prix au cours des dernières années.

Ainsi, l’impact de l’inflation n’est pas seulement à court terme ( la moyenne d’une année) , mais il s’agit également de l’impact de l’accumulation des hausses de prix sur plusieurs années, ce qui a entraîné une baisse du revenu réel des ménages et une diminution de leur pouvoir d’achat.

Il ajoute que les catégories à faibles revenus demeurent les plus touchées, étant donné que la grande partie de leurs dépenses est consacrée à l’alimentation, au logement, au transports et aux services de base, secteurs qui ont connu des hausses de prix continues.

La classe moyenne est également confrontée à des pressions croissantes en raison de la hausse des coûts de l’éducation, de la santé, des loyers, de transports et des assurances.

L’expert souligne que la baisse des taux d’épargne des ménages ces dernières années montre les pressions croissantes sur les budgets des familles, car une part plus importante du revenu étant désormais consacrée à la consommation.

Selon son analyse, de nombreux ménages ont été contraints de réduire leurs dépenses en matière de restauration, de voyages, de loisirs et de biens non essentiels afin de faire face à la hausse du coût de la vie.

Il estime que la poursuite de cette tendance pourrait affaiblir la consommation locale, qui constitue l’un des principaux moteurs de la croissance économique, ce qui pourrait se répercuter sur l’activité économique et les emplois.

L’inflation des services représente le plus grand défi

Benbouheli estime que le plus grand défi ne réside pas seulement dans la hausse des prix des produits alimentaires mais également dans l’augmentation continue des prix des services, étant donné que cette inflation est plus persistante et plus lente à régresser par rapport à l’inflation des prix des biens.

Il a expliqué que les prix des services, tels que l’enseignement, la santé, la restauration et les services personnels, sont liés directement aux salaires et aux coûts d’exploitation locaux, ce qui les rend plus persistants que les prix des biens, qui sont plus sensibles aux fluctuations saisonnières et aux marchés mondiaux des matières premières.

L’expert estime que la persistance de la hausse des prix des services pourrait entraîner un ancrage de l’inflation sur une période plus longue, ce qui pourrait imposer le maintien de taux d’intérêt élevés et limiter ainsi le rythme de l’investissement et de la croissance économique.

Il a conclu en soulignant que la bataille pour contenir l’inflation en Tunisie n’est pas encore terminée, relevant que le rétablissement de la stabilité des prix et l’amélioration du pouvoir d’achat exigent de remédier aux déséquilibres structurels de l’économie, de renforcer la production locale, d’améliorer l’efficacité du système de distribution, tout en préservant les équilibres financiers et monétaires.

D’après lui, l’évolution des prix mondiaux de l’énergie et le processus de l’inflation dans le secteur des services constituent les facteurs les plus importants qui détermineront la tendance de l’inflation en Tunisie au cours des deux prochaines années.