Recyclage : le Triman, un petit logo au coeur d’une grande bataille

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ès de poubelles à Paris, le 10 mars 2014 (Photo : Alain Jocard)

[10/03/2014 17:04:37] Paris (AFP) Ca se recycle ou pas? Le “Triman”, un bonhomme de profil avec une main tendue vers trois flèches, pourrait prochainement devenir enfin le logo de réference. Attendue dès 2012, désormais prévue en 2015, sa naissance n’est toujours pas acquise, en raison de l’opposition d’industriels.

Et une âpre bataille se joue à présent autour du décret d’application de l’article rendant obligatoire le Triman au 1er janvier 2015, dans le cadre de la loi sur la simplification de la vie des entreprises promulgée en janvier.

Déjà présent sur quelques emballages dont des bouteilles et canettes d’Orangina et Schweppes, le Triman sera-t-il partout en 2015? Une réunion interministérielle réunissant l’Ecologie -favorable au Triman- et Bercy, qui pourrait s’avérer décisive, est prévue mardi après-midi.

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ès de poubelles à Paris, le 10 mars 2014 (Photo : Alain Jocard)

Né du Grenelle de l’Environnement, ce logo entend aider à améliorer le geste de tri des Français, loin d’être parfait.

“L’idée est aussi qu’au moment d’acheter, on fasse un acte responsable, en choisissant des produits qui se recyclent”, avance Nicolas Garnier, président d’Amorce, association qui défend les intérêts de 536 collectivités territoriales chargées de mettre en oeuvre la collecte et le tri.

Et à l’heure où le gouvernement assure vouloir promouvoir l’économie circulaire, un tel logo pousserait les industriels à investir dans l’éco-conception.

Du côté de l’Agence de l’environnement et de maîtrise de l’énergie (Ademe), on attend aussi impatiemment la diffusion du Triman qu’elle a mis au point.

Tous les produits de consommation dotés d’une consigne de tri, à l’exception du verre, étant concernés, “sa grande force sera de pouvoir faire une communication de masse, harmonisée sur l’ensemble du territoire”, explique Jean-Charles Caudron, chef du service recyclage à l’Ademe.

Aujourd’hui, “vous avez des messages différenciés selon les produits et les interlocuteurs”, dit-il. En tout, il y a plus d’une dizaine de logos, dont certains franchement cryptiques, autour de la thématique du déchet.

L’idée est que le Triman finisse par s’imposer et, surtout, remplace à terme le plus connu et le plus controversé d’entre eux: le “Point vert” d’Eco-emballages.

– ‘Les masques vont tomber’ –

Il entretient “la confusion”, a dénoncé récemment la Cour des Comptes, expliquant qu’il est “le plus souvent compris comme une consigne de tri alors qu’il signifie uniquement que l’entreprise qui l’appose s’acquitte d’une contribution” auprès d’Eco-emballages pour financer la collecte et le tri.

Mais depuis le début, l’opposition au Triman est forte parmi les industriels.

Après avoir obtenu trois ans de délai pour sa mise en oeuvre, ils ont presque réussi à le supprimer fin 2013 grâce à un amendement au Sénat. Désormais, la pression est intense pour, a minima, multiplier les exemptions dans le décret et idéalement obtenir son retrait, indiquent plusieurs sources proches du dossier.

Leurs griefs? les coûts que le Triman va engendrer et le fait que, selon eux, il va encore complexifier la compréhension de la signalétique. Un argument repris aussi par la Cour des Comptes.

“Un marquage systématique, c’est une fausse bonne idée”, réagit-on au Medef, où on veut son abrogation et souligne les difficultés que cela représenterait pour les produits importés et exportés.

Eco-emballages, également à la bataille contre le Triman selon les sources proches du dossier, fait lui la promotion de ses “Info-tri”, consignes apposées près du Point vert qui explicitent clairement quelle partie de l’emballage est à recycler ou à jeter.

Il est désormais “présent sur plus de 10 milliards d’emballages” sur 190 milliards dotés du Point vert, précise l’éco-organisme.

Mais pour les défenseurs du Triman, ces “Info-tri” ne lèvent pas l?ambiguïté, qu’ils estiment savamment entretenue, du Point vert.

De l’avis de Nicolas Garnier, les industriels craignent avant tout de devoir rendre des comptes sur la recyclabilité réelle de leurs produits.

“Tout d’un coup, les masques vont tomber. On va se rendre compte qu’il y a plein de choses qui ne se recyclent pas!” prédit-il.