Japon : une machine transforme des gamins en maîtres calligraphes

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à Yokohama, dans la banlieue de Tokyo (Photo : YOSHIKAZU TSUNO)

[31/07/2013 11:30:17] Tokyo (AFP) La petite main malhabile de Nijiya tient fermement le pinceau, bien droit comme il se doit. Grâce à un robot relié au pinceau, cet écolier japonais de 10 ans devient l’espace d’un moment un expert calligraphe.

Il y a quelques jours, Nijiya Kurota et ses copains d’un collège de Yokohama, près de Tokyo, ont fait connaissance avec un étrange robot calligraphe.

Rien d’humanoïde, dans la grande tradition japonaise, juste une sorte d’assemblage de tiges métalliques articulées et reliées au pinceau luisant d’encre noire.

“L?enseignement de la calligraphie se perd, alors j’ai pensé qu’on pouvait graver à jamais l’art de grands maîtres dans la mémoire de ce robot”, explique à l’AFP le père de la machine, Seiichiro Katsura, un enseignant-chercheur de l?université Keio.

La machine est constituée d?un bras mécanique équipé de plusieurs moteurs et au bout duquel est fixé le pinceau.

Le robot a ainsi mémorisé trait par trait les mouvements précis et souples du poignet de Juho Sado, un maître calligraphe japonais de 90 ans, qui a dessiné quelques caractères chinois avec ce pinceau “robotisé”. Pendant qu’il couche des “kanjis” sur le papier, la machine enregistre tout, même le retour de poignet le plus imperceptible.

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é de Keio, à Yokohama, dans les environs de Tokyo (Photo : YOSHIKAZU TSUNO)

Les petits écoliers de Yokohama ont ainsi pu s’entraîner à tracer les caractères “étudier”, “mer”, ou encore “fleur”, en écriture classique et cursive – un style calligraphique où les traits sont tous reliés entre eux. Tout y est: l’ordre des traits, les pleins et les déliés.

Le professeur Katsura assure que le disque dur de sa machine peut en mémoriser une infinité.

Comme le maître

“Lorsqu?on saisit ce pinceau, c?est comme si c’était le maître lui-même qui nous tenait la main et nous guidait”, précise Ayaka Matsui, une de ses assistantes, qui montre aux enfants comment utiliser le robot calligraphe à l?occasion de cet atelier d’initiation aux sciences organisé à l?université Keio.

La machine a enregistré non seulement les mouvements, mais aussi les accélérations, et la force mise dans le pinceau par le maître. Tantôt il s’écrase sur le papier, tantôt il y laisse un trait fin.

Et si l?apprenti calligraphe fait un mouvement brusque, s’il dévie, ou met trop d’encre, alors les moteurs du bras mécanique s’activent immédiatement pour corriger le tir.

“Le maître n?est pas là, mais on sent sa présence, comme s?il était en train de nous enseigner”, s’exclame Nijiya Kurota, en brandissant fièrement “son” caractère “Gaku” (étudier) qu?il vient de calligraphier sur une feuille de papier de riz.

“C?est génial, je mets à peine de force dans le bras et ça glisse tout seul sur le papier”, renchérit son camarade de classe Keisuke Yamagishi.

Seiichiro Katsura espère quant à lui que cette technique pourra bientôt aider à l?enseignement d?autres formes d?art, mais aussi trouvera des applications dans les domaines de la chirurgie ou de la mécanique.

“Le processus de transmission de savoirs manuels était jusqu?ici fastidieux, nécessitait un long travail d’acquisition de techniques, d’intuition et d’expérience”, estime le professeur.

Il en est convaincu: “Avec ce robot, ce processus sera plus rapide, plus efficace”, et ainsi cela “permettra un jour de développer tout type de formations manuelles, même à distance”.