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| à Davos le 27 janvier 2012 (Photo : Vincenzo Pinto) |
[02/02/2012 21:52:22] MADRID (AFP) Le gouvernement espagnol approuvera vendredi une réforme du secteur bancaire, exigeant de lui un nouvel effort de 50 milliards d’euros pour s’assainir une fois pour toutes des excès hérités de la bulle immobilière, avec comme souci de ne pas peser sur le déficit public.
L’objectif est “de provoquer des fusions pour créer des entités plus viables” et que “l’assainissement soit rapide et profond”, a expliqué jeudi le ministre de l’Economie Luis de Guindos, pour parvenir à un secteur “plus sain et mieux dimensionné”.
Car les banques du pays sont fragilisées depuis l’éclatement de la bulle en 2008, ayant sur les bras des crédits risquant de ne pas être remboursés, ainsi qu’un stock d’immeubles et de terrains saisis.
Ces actifs considérés comme “problématiques” – car à la valeur incertaine – représentaient 176 milliards d’euros en juin 2011, un chiffre qui a sûrement grimpé depuis.
Pour couvrir les pertes éventuelles au moment de revendre ces actifs, les banques ont mis de côté un tiers de cette somme, mais les autorités jugent que ce n’est pas suffisant.
Désormais “les provisions pour actifs problématiques augmentent jusqu’à 80% (de la valeur de ces actifs, ndlr) selon les cas et une provision générique de 7% est créée pour le reste du crédit promoteur”, c’est-à-dire même celui qui est considéré comme sain.
“Ce processus devra être réalisé en un an” et “sans aucune aide publique” même si le Fonds spécial d’aide au secteur, le Frob, pourra éventuellement intervenir, a indiqué le ministre.
“Ce que vise cette réforme c’est d’améliorer la confiance et la crédibilité du secteur financier espagnol”, “pour qu’il puisse à nouveau financer la croissance économique et la création d’emploi”, a insisté M. de Guindos, dans un pays au bord de la récession et avec un chômage record (22,85%).
Sur les 50 milliards d’euros prévus dans le processus, la majorité – 35 milliards – prendra la forme d’une provision “prise sur les résultats”, a expliqué le ministre.
Les banques espagnoles, qui publient leurs résultats ces jours-ci, ont d’ailleurs déjà commencé à piocher dans leurs bénéfices: Santander, première banque cotée en zone euro, a sacrifié celui du quatrième trimestre (-98%) en mettant de côté plus de 3 milliards, tandis que CaixaBank a vu son bénéfice 2011 reculer de 13% après une provision “extraordinaire” d’un milliard.
Pour les entités fusionnant entre elles, le gouvernement accordera un délai de deux ans pour assainir les actifs immobiliers: elles pourront alors solliciter une aide remboursable du Frob, via l’émission d’obligations convertibles.
“La capacité du Frob augmentera à 15 milliards d’euros”, contre 9 milliards actuellement, pour y répondre, a indiqué le ministre.
Car “50 milliards d’euros est une quantité colossale”, note Daniel Pingarron, analyste à la maison de courtage IG Markets, et “il est très possible qu’actuellement le secteur bancaire espagnol ne dispose pas de 50 milliards pour faire cette réforme”.
Surtout que “la récession a changé un peu le scénario”, les banques ne pouvant plus compter sur de juteux bénéfices pour réaliser des provisions, souligne José Carlos Diez, économiste en chef du courtier Intermoney.
Le gouvernement, dont la priorité est de réduire son déficit, avait au départ écarté toute intervention publique, ayant déjà prêté au secteur plus de 15 milliards, mais il a donc finalement changé son fusil d’épaule, même s’il assure que “la réforme n’aura pas d’impact sur le déficit public”.
Ce processus “bénéficie aux grands du secteur, dont la position est plus confortable, et qui sont, comme on dit en Espagne, avec la canne à pêche”, prêts à avaler les petites banques et caisses d’épargne, note Alberto Roldan, analyste à Inverseguros.
“Le plus important est de créer un environnement plus dur pour les banques”, estime-t-il, car “une grande partie de la solution à la crise passe par les banques: si les banques rassurent les investisseurs, ces derniers vont voir l’Espagne comme un marché plus attrayant”.
“Cette réforme se veut comme définitive, pour résoudre le problème de l’immobilier et faire éclater la bulle une fois pour toutes”, renchérit M. Pingarron.



