Nouvelle-Calédonie : l’Etat sur le point d’acheter la part d’Areva dans le fleuron minier Eramet

photo_1325011954671-1-1.jpg
à Tokyo (Photo : Toru Yamanaka)

[27/12/2011 18:54:11] PARIS (AFP) Areva est entré en négociations exclusives pour vendre ses 26% dans Eramet au Fonds stratégique d’investissement (FSI), bras financier de l’Etat, qui entend garder dans son giron cette participation clef dans un fleuron minier très influent en Nouvelle-Calédonie.

Le groupe nucléaire public et le FSI “annoncent être entrés en négociations exclusives au titre de la cession de la participation d’Areva dans Eramet”, a indiqué mardi Areva dans un communiqué laconique, sans donner de détails sur le calendrier et la teneur des discussions.

Interrogés par l’AFP, Areva et le FSI se sont refusés à commenter l’avancée des négociations. Mais une source au fait des discussions, qui a requis l’anonymat, a indiqué qu’elles devraient aboutir rapidement.

“Cela va se faire vite, on est proche d’un accord final”, a déclaré cette source, ajoutant que les questions restant à régler n’étaient plus que “d’ordre technique”.

Ces négociations exclusives sont la suite logique de l’intérêt manifesté depuis deux ans par le FSI pour la participation d’Areva.

Le groupe nucléaire envisage de céder ses parts dans Eramet depuis 2009, et le FSI avait déjà étudié l’acquisition de cette part fin 2009-début 2010.

Après avoir succédé fin juin à Anne Lauvergeon, le nouveau patron d’Areva Luc Oursel a affirmé en septembre qu’il souhaitait vendre cette participation, et le groupe, qui s’attend à subir de lourdes pertes cette année, prévoit de céder pour plus de 1,2 milliard d’euros d’actifs en deux ans.

La participation dans Eramet vaut plus de 600 millions d’euros au cours actuel. Sa vente pourrait donc rapporter à elle seule plus de la moitié de cette somme. Le FSI, codétenu par la Caisse des dépôts et l’Etat, avait indiqué mi-décembre avoir repris les discussions avec le groupe nucléaire en vue d’une transaction.

Offre kanake

L’Etat souhaite conserver dans son giron cette participation clef, alors qu’Eramet, spécialisé dans l’extraction du minerai de nickel, profite à plein de l’explosion de la demande de matières premières, sous l’impulsion de la croissance chinoise.

En outre, le groupe minier exploite d’immenses gisements en Nouvelle-Calédonie, qui sont au coeur des tensions entre les Kanaks et les Calédoniens d’origine européenne, et figurent au centre des débats sur l’avenir de cet archipel ultramarin.

Parallèlement aux discussions avec le FSI, la Société minière du Sud pacifique (SMSP), dirigée par les indépendantistes de la province Nord de la Nouvelle-Calédonie, a fait une offre formelle à Areva pour le rachat de sa participation, selon le journal Les Echos. Une information qu’Areva s’est refusé à commenter.

“La France gardera de façon certaine le contrôle du capital d’Eramet”, avait assuré cet été le président de la République Nicolas Sarkozy, au cours d’une visite à Nouméa.

Eramet, qui produit du nickel, du manganèse et des alliages, est détenu à 37% par la famille Duval, aux côtés d’Areva (26%), de la holding Carlo Tassara (13%, holding de l’homme d’affaires Romain Zaleski), et du territoire de Nouvelle-Calédonie (4%), le reste de son capital étant coté en Bourse.

En 2010, le groupe minier s’était par ailleurs accordé avec l’Etat gabonais, déjà actionnaire de sa filiale Comilog, sur le principe d’une entrée du Gabon à son capital.

La cession des parts d’Areva dans Eramet pourrait relancer les spéculations sur la constitution d’un “pôle minier” public autour d’Eramet et des activités minières d’Areva, très présent dans l’extraction d’uranium.

Le groupe nucléaire prépare l’ouverture du capital de ses activités minières. Il entend toutefois rester majoritaire au sein de ces activités, soucieux de rester maître de l’ensemble du cycle nucléaire, de l’extraction d’uranium au démantèlement des réacteurs.