Football Tunisien restructuration
image d’illustration IA – Gemini

Dans ce second volet, Amine Chouaieb explore les mécanismes de redistribution, les modèles étrangers dont la Tunisie peut s’inspirer, les règles de gouvernance indispensables et les investissements nécessaires pour moderniser durablement le football national. Après l’urgence, place à la reconstruction.

Amine Chouaeib
Amine Chouaieb

Les entreprises publiques ne doivent plus financer les clubs individuellement. Toutes les contributions doivent être centralisées dans un fonds unique, qui redistribue les montants selon des critères objectifs : discipline financière, gestion rigoureuse et résultats sportifs. Cette centralisation mettra fin au favoritisme et instaurera une équité réelle entre les clubs.

Redistribuer les recettes selon les performances sportives

La répartition des droits TV, du Promosport et des sponsors publics reposera sur les résultats des trois dernières saisons, avec une pondération qui valorise la performance récente. Une partie sera distribuée équitablement pour garantir un minimum vital à chaque club, tandis que des bonus récompenseront le champion et le vainqueur de la Coupe. Ce système stabilise les clubs, encourage la formation et met fin aux arrangements opaques.

Un fonds pour l’urgence, puis pour les infrastructures

Une fois les comptes assainis, le fonds pourra financer la modernisation des infrastructures : pelouses hybrides, centres de formation, éclairage LED, équipements modernes. L’objectif est de passer d’une logique de sauvetage à une logique d’investissement durable.

S’inspirer des modèles étrangers, sans les copier aveuglément

La DNCG française, la Covisoc italienne, LaLiga espagnole, la CCG marocaine ou la Commission des licences belge offrent des exemples de contrôle efficace. Le Portugal, en revanche, montre qu’un changement de statut sans supervision peut mener à la catastrophe. La Tunisie doit adapter ces modèles à son cadre juridique, en privilégiant le contrôle, la transparence et la redistribution.

Réformer la gouvernance : qui dirige et comment ?

Pour diriger un club, il faudra désormais un casier judiciaire vierge, des compétences avérées en gestion et un projet clair. Les dirigeants devront déclarer leurs intérêts chaque année et ne pourront exercer plus de deux mandats consécutifs. Un comité d’éthique indépendant pourra saisir la justice en cas de dérive. L’organisme interviendra soit à la demande du club, soit automatiquement si les comptes sont incomplets ou si les pertes dépassent un seuil critique.

Une dernière fenêtre avant le hors jeu

Le football tunisien n’a plus le droit à l’erreur. Les interdictions FIFA s’accumulent, les clubs historiques s’enfoncent et le risque d’exclusion des compétitions africaines devient réel. Le modèle proposé — organisme indépendant, fonds de sauvetage, contrôle budgétaire, plafonnement salarial, séparation juridique, redistribution sur trois ans — constitue une feuille de route réaliste et compatible avec les lois tunisiennes. Il ne manque qu’une chose : la volonté politique de l’appliquer avant que le football tunisien ne soit définitivement mis hors jeu.

Amine Chouaeib

EN BREF

  • Centralisation des fonds : Fin du financement direct des clubs par les entreprises publiques au profit d’un fonds unique de redistribution.
  • Mératocratie sportive : Répartition des droits TV et des sponsors basée sur les résultats des 3 dernières saisons pour stabiliser les budgets.
  • Modernisation des infrastructures : Réorientation des ressources vers les pelouses hybrides, l’éclairage LED et les centres de formation après assainissement.
  • Gouvernance renforcée : Exigence d’un casier judiciaire vierge, de compétences en gestion et limitation à deux mandats pour les dirigeants de clubs.
  • Urgence d’action : Face à l’accumulation des sanctions de la FIFA, la volonté politique est le dernier levier pour éviter l’exclusion internationale.

* Mohamed Amine Chouaieb est un entrepreneur tunisien actif dans les technologies connectées et les télécommunications. Il a fondé Chifco avant de diriger Cellcom, puis de lancer Nety, un fournisseur d’accès Internet présent dans plusieurs régions du pays. Son parcours mêle innovation, gestion d’entreprises et engagement pour le développement numérique en Tunisie.