Sarkozy enrôle Rocard et Juppé pour plancher sur l’emprunt

[06/07/2009 19:08:40] PARIS (AFP)

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écentes des anciens Premiers ministres Alain Juppé et Michel Rocard (Photo : Guillaume Baptiste)

Nicolas Sarkozy a nommé lundi les anciens Premiers ministres Michel Rocard et Alain Juppé, figures issues des deux camps du paysage politique, à la tête de la commission chargée de plancher sur les “priorités” qui seront financées par l’emprunt national.

Conformément au voeu du chef de l’Etat, qui devait recevoir les deux hommes dans la soirée, la commission qu’ils co-présideront devra formuler “avant le 1er novembre 2009 des propositions sur le choix des priorités que le gouvernement arrêtera ensuite”, a annoncé l’Elysée dans un communiqué.

“C’est un grand changement en France : deux hommes de talent, Alain Juppé et Michel Rocard, l’un de droite, Premier ministre de Jacques Chirac, l’autre de gauche, Premier ministre de François Mitterrand, ont accepté à ma demande de présider une commission de très haut niveau pour réfléchir à 20 ans quels sont les secteurs stratégiques dans lesquels la France doit investir”, s’est félicité le chef de l’Etat.

Electron libre de la gauche française, l’ancien hôte de Matignon sous François Mitterrand (de 1988 à 1991), âgé de 78 ans, avait déjà opéré ces derniers mois un rapprochement avec l’exécutif.

Il a été nommé ambassadeur chargé des négociations internationales sur les pôles Arctique et Antarctique et président de la “Conférence des experts” sur la taxe carbonne. Interrogé lundi par l’AFP au téléphone sur cette nouvelle mission, il s’est contenté de déclarer : “je fais mon boulot de fonctionnaire quand on me le demande”.

Adepte de l’intervention de l’Etat et de la régulation face aux insuffisances du marché, M. Rocard avait très tôt salué le “culot” et le “courage de Nicolas Sarkozy dans sa gestion de la crise, pour être allé “chercher des outils” de lutte “en dehors de l’arsenal monétariste”.

Et quelques heures après sa nomination, dans une tribune au Monde (daté de mardi), il estimait que la crise donne “tragiquement raison” à la social-démocratie, qui “explique depuis un demi-siècle que les marchés ne sont pas autoéquilibrants, qu’il faut réguler économie et finance, et lutter fiscalement contre les inégalités”.

Balayant l’idée d’une relance “exclusivement (par) la consommation”, il souscrit à celle que “c’est par l’investissement que le cycle vertueux doit être réamorcé”, évoquant notamment les secteurs des “énergies renouvelables, les techniques et produits bio”.

M. Rocard devra faire oeuvre commune avec l’un de ses successeurs à Matignon entre 1995 et 1997, Alain Juppé, que des rumeurs donnaient récemment à nouveau au gouvernement et qui ne s’est jamais montré emballé par le principe de l’ouverture à gauche.

“Quand on a, dans ses propres troupes, des gens qui sont parfaitement compétents (…) on n’est pas obligé, par souci d’améliorer le décor, d’aller chercher ailleurs”, avait-il jugé.

Ancien patron du RPR, M. Juppé, 63 ans, a été un éphémère membre du premier gouvernement de François Fillon à la tête du super-ministère de l’Ecologie (mai-juin 2007), qu’il a quitté après avoir perdu la députation en Gironde.

Annoncé le 22 juin par Nicolas Sarkozy à Versailles, le grand emprunt national sur lequel les deux hommes vont devoir plancher sera lancé début 2010. Une grande consultation a commencé qui s’achèvera fin octobre.

C’est ensuite le Parlement qui prendra la main pour fixer des priorités et les modalités de l’emprunt, dont François Fillon a tracé les contours en assurant qu’il ne s’agirait pas d’un “second plan de relance” mais d’une manne pour des investissements sur le long terme, dans des domaines “porteurs de croissance et d’emploi”.