Roumanie : l’Eglise orthodoxe à l’heure du multimédia

 
 
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à Bucarest (Photo : Daniel Mihailescu)

[23/06/2008 07:55:23] BUCAREST (AFP) Chaîne de télévision, radio, un quotidien, plusieurs sites internet et, à partir de cette semaine, une agence de presse: critiquée par certains pour son conservatisme, l’Eglise orthodoxe roumaine se met à l’heure du multimédia.

“Si Saint Paul avait été notre contemporain, il aurait utilisé non seulement la nef, mais aussi l’avion”, a déclaré le patriarche Daniel dans une interview, en expliquant que l’Eglise entendait préserver la tradition, mais “de manière dynamique”.

Ainsi, si les fidèles veulent retrouver la paix intérieure en écoutant des prières ou la messe sans toutefois aller à l’église, c’est la radio Trinitas qui les porte sur ses ondes.

Entre l'”Atlas biblique”, une émission qui se propose de faire découvrir au public la richesse de la Bible, et la messe du soir, Trinitas, une radio à couverture nationale, diffusée également sur internet, accueille ses fidèles avec des informations religieuses, mais aussi économiques, politiques ou sportives.

“L’Euro-2008 est en cours et il est normal que les auditeurs de Trinitas soient intéressés par les résultats”, a déclaré à l’AFP le prêtre Constantin Stoica, porte-parole du patriarcat.

Selon lui, ce “centre de presse” représente en ce moment “le moyen missionnaire le plus important de l’Eglise, vu l’impact des médias”.

Un click sur le site de l’agence Basilica permet ainsi aux fidèles de se mettre au courant des dernières informations religieuses, allant de la bénédiction du nouveau maire de Bucarest par le patriarche à la rencontre d’un archevêque grec avec le sénateur américain John McCain.

Ce courant “journalistique-religieux” avait été apporté au sein de l’Eglise orthodoxe par Mgr Daniel, 57 ans, docteur de l’Institut de théologie de Strasbourg et professeur entre 1980 et 1988 à l’Institut oecuménique de Bossey (Suisse), désigné patriarche en septembre dernier.

Fondateur d’une radio et d’un quotidien alors qu’il était métropolite de Moldavie, il avait décidé aussitôt après son intronisation de créer un vrai groupe de presse, Basilica, financé par le patriarcat ainsi que par les fidèles.

“Le fond reste le même, mais les formes de manifestation de l’Eglise dans la société changent pour être en consonance avec les temps que nous vivons”, explique père Stoica.

Le théologien Petre Guran salue de son côté la création de Basilica, estimant que cela peut aider “à la récupération de la culture religieuse”, que les Roumains ont perdue sous le communisme, quand de milliers de prêtres, orthodoxes ou appartenant à d’autres cultes, avaient été emprisonnés et des dizaines d’églises démolies.

Selon lui, cette forme moderne de missionnairisme touche un grand nombre de personnes et permet de mieux comprendre la parole de Dieu.

En revanche, le sociologue Mircea Kivu estime que l’impact de ce groupe de presse est “très limité”, car “la relation avec la divinité est directe, surtout chez les orthodoxes”. “Ecouter la messe à la radio ou à la télévision représente pour les fidèles une forme de désacralisation”, dit-il.

Les Roumains, orthodoxes à 90%, “vont à l’Église pour prier dans la maison du Seigneur, pas devant la télé, un lieu profane”, insiste-t-il.

Père Stoica assure néanmoins que les réactions des fidèles à la création du groupe de presse ont été très favorables et estime que cela permet d’une certaine manière à l’Eglise de récupérer sa “place et son rôle naturel” au sein de la société.

 23/06/2008 07:55:23 – Â© 2008 AFP