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Le président sud-africain Thabo Mbeki, le 5 octobre 2007 à Pretoria (Photo : Axel Schmidt)

[12/12/2007 14:33:52] JOHANNESBURG (AFP) Dans un rare aveu d’échec, le président Thabo Mbeki a reconnu la responsabilité du gouvernement pour les incessantes coupures d’électricité qui assombrissent le moral des Sud-Africains et les forcent à la modération énergétique.

Mardi soir, Mbeki a admis que le gouvernement aurait dû répondre il y a plusieurs années aux demandes d’investissement de la compagnie nationale d’électricité Eskom, qui pressentait qu’elle ne pourrait pas faire face à la demande croissante d’énergie.

“Quand Eskom disait au gouvernement: +Nous pensons que nous devrions investir davantage en termes de génération d’électricité+, nous disions +Non, vous allez bâtir une sur-capacité+”, a déclaré le chef de l’Etat.

“Nous disions +Non, pas maintenant, plus tard+. Nous avons eu tort. Eskom avait raison”, a-t-il ajouté sur un ton étonnant pour Mbeki, qui s’excuse rarement en public.

Depuis la chute de l’apartheid en 1994, l’Afrique du Sud, première puissance économique du continent, enregistre une forte croissance et la demande d’électricité a explosé. Les infrastructures vieillissantes d’Eskom sont quasiment arrivées à saturation.

La demande représente aujourd’hui 36.500 mégawatts, alors qu’Eskom peut fournir un maximum de 38.000 mégawatts, voire 40.000 mégawatts en important de l’électricité du Mozambique.

Pour éviter les pannes de courant intempestives, Eskom a décidé de pratiquer des délestages. Depuis lundi, elle coupe l’électricité pendant deux à trois heures par jour, à tour de rôle dans tout le pays.

“La situation devrait revenir à la normale la semaine prochaine parce que la plupart des entreprises seront fermées autour de Noël. Mais il est possible que nous subissions de nouvelles coupures début janvier”, a indiqué une porte-parole de la compagnie, Ra’eesah Waja.

Au moment des courses de Noël, ces mesures suscitent le mécontentement d’entreprises et de commerçants, ainsi que des embouteillages dans les grandes villes comme Johannesburg en raison des pannes affectant les feux de circulation.

“Les petites entreprises pourraient être les plus affectées, parce que les équipements pour se prévenir des coupures de courant coûtent cher”, souligne Bill Lacey, économiste à la Chambre de commerce et d’industrie.

Ainsi, Humberto Stempowski, qui produit des crèmes glacées, est “très inquiet” pour ses affaires. “Nous allons devoir investir dans un générateur et ça représente une grosse somme”, soit 160.000 rands (16.000 euros). Mais il n’a pas vraiment le choix, puisqu’il risque de perdre pour 300.000 rands de stocks si les coupures s’éternisent.

Pour augmenter sa capacité de production d’environ 40.000 mégawatts dans les 20 prochaines années, Eskom a lancé – au grand dam des écologistes – des projets de centrales à charbon et d’une deuxième centrale nucléaire.

Mais elles ne verront pas le jour avant des années. Alors, en attendant, la compagnie demande aux Sud-Africains de faire des économies d’énergie.

Elle a lancé des campagnes de sensibilisation à la radio pour exhorter les employés de bureau à éteindre lumières et cafetières. Eskom recommande même des guirlandes de Noël pas trop gourmandes en énergie.

“C’est difficile de modifier les comportements, de faire en sorte que les gens considèrent l’énergie comme une ressource précieuse”, a déclaré à l’AFP le PDG d’Eskom, Brian Dames.

Mais, pour Richard Worthington, membre de l’association écologiste Earthlife Africa, “c’est probablement une des meilleures choses qui pouvaient arriver”.

Et d’expliquer: “les gens font ainsi l’expérience de ce que l’on vivra dans l’avenir, quand nous serons confrontés à des ressources limitées”.

 12/12/2007 14:33:52 – © 2007 AFP