Corruption : l’homme fort de Volkswagen dans la ligne de mire de la justice

 
 
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Logos de Volkswagen et Porsche (Photo : David Hecker)

[26/11/2007 16:43:00] FRANCFORT (AFP) Le président du conseil de surveillance de Volkswagen et son véritable homme fort, Ferdinand Piëch, est désormais dans le collimateur de la justice allemande, qui a annoncé lundi vouloir déterminer s’il avait eu connaissance des pratiques de pots-de-vin au sein du groupe.

Le deuxième jour du procès du scandale de corruption chez le constructeur automobile par le parquet du tribunal de Brunswick (ouest de l’Allemagne) a donné lieu à un coup de théâtre.

La justice dispose désormais “d’indications importantes” sur le rôle de Ferdinand Piëch, a déclaré lundi le procureur général Ralf Tacke, en ouverture de l’audience où deux hommes clefs du scandale –l’ancien président du comité d’entreprise Klaus Volkert et un ex-chef du personnel, Klaus-Joachim Gebauer– campent dans le box des accusés.

L’ancien patron de VW aurait été informé dès la fin des années 1990 par Bruno Adelt, le directeur financier de l’époque, de mouvements suspects sur un compte spécial –numéroté 1860–, qui servait de caisse noire pour payer les voyages et les prostituées des représentants syndicaux du CE.

Une enquête aurait ensuite été diligentée en interne par le chef du secrétariat général de M. Piëch, Rupert Stadler, aujourd’hui patron d’Audi.

“Il est plausible” que les conclusions d’une telle enquête aient été communiquées à l’ancien patron de VW, selon Ralf Tacke, qui n’a cependant pas mis l’homme fort de Wolfsburg (nord) en examen et poursuit ses investigations.

Pour l’instant, il envisage simplement de convoquer de nouveaux témoins, dont MM. Stadler et Adelt.

Mais les propos du procureur général ont déjà fait l’effet d’une bombe en Allemagne.

Volkswagen parle de porter plainte pour calomnie et a publié un communiqué affirmant avec véhémence qu’aucune enquête n’avait jamais été menée entre 1997 et 2002 sur le compte “1860”. “Le groupe et son président du directoire de l’époque n’avaient en conséquence aucune connaissance des détournements”, précise le texte.

Depuis 2005 et les premières révélations sur le système de corruption au sein du premier constructeur automobile européen, Ferdinand Piëch a toujours réussi à rester à l’écart du grand déballage. Avec la même ligne de défense: l’ignorance.

L’éminence grise de Volkswagen a toujours affirmé qu’il n’avait jamais rien su, ni des voyages, ni des prostituées, ni des cadeaux offerts au président du comité d’entreprise pour acheter la paix sociale.

Ces dénégations avaient parfois suscité l’incrédulité des observateurs qui avaient peine à croire que quoi que ce soit puisse avoir lieu chez Volkswagen sans que M. Piëch le sache. Il n’en est pas seulement l’ancien patron, ni même l’actuel président du conseil de surveillance, il en est aussi désormais actionnaire et le véritable inspirateur du rapprochement avec Porsche.

A 70 ans, Ferdinand Piëch est en effet le petit-fils de Ferdinand Porsche, créateur sur ordre des nazis de la Coccinelle avant de se lancer dans les bolides de sport.

Mais même les deux précédents procès, qui ont notamment abouti à la condamnation de l’ancien directeur des ressources humaines Peter Hartz, n’avaient jamais apporté la moindre preuve de son implication dans le système de corruption du constructeur de la Golf.

 26/11/2007 16:43:00 – © 2007 AFP