SGE.MCI47.040407155839.photo00.quicklook.default-245x149.jpg
Un homme sort le 4 avril 2007 du siège de Ioukos à Moscou (Photo : Natalia Kolesnikova)

[04/04/2007 15:59:00] MOSCOU (AFP) Le groupe italien Eni a eu le dessus mercredi dans la bataille pour l’acquisition d’un deuxième lot d’actifs de l’ex-géant russe du pétrole Ioukos, mais devrait en revendre rapidement l’essentiel à son allié Gazprom et resserrer encore ses liens avec lui à cette occasion.

Trois concurrents étaient en lice ce mercredi au siège du géant déchu pour tenter d’emporter ce lot, composé de 20% du capital de la société pétrolière Gazprom Neft, de trois filiales de Ioukos ainsi que d’une série d’actifs plus petits.

Ces enchères interviennent dans le cadre du démantèlement de l’ex-empire pétrolier de Mikhaïl Khodorkovski, qui a débuté en 2004 et s’est traduit jusqu’ici par le rachat à bas prix de plusieurs gros actifs par son rival, le groupe public Rosneft.

L’avocat de M. Khodorkovski, Robert Amsterdam, a qualifié les enchères de “farce”, ajoutant qu’elles étaient destinées à “légitimer l’expropriation illégale et criminelle de (son) client par le gouvernement russe”. M. Khodorkovski purge actuellement une peine de huit ans de prison en Sibérie.

Le lot vendu mercredi a été cédé pour 4,36 milliards d’euros (soit 5,8 milliards de dollars) à EniNeftegaz, une société détenue à 60% par Eni et à 40% par le groupe d’électricité italien Enel.

Comme la première fois, la vente n’a duré que quelques minutes, et le prix final n’est supérieur que de 4,7% à celui de départ.

EniNeftegaz était opposée au géant Rosneft, vainqueur la semaine dernière du premier round d’enchères, et à la société Unitex, que certains analystes lient soit à Gazprom, soit au groupe gazier Novatek.

Mais pour les analystes, il ne fait pas de doute que Eni a agi pour le compte de Gazprom, avec lequel il a des liens étroits et avec lequel il a paraphé un accord stratégique en novembre.

SGE.MCI47.040407155839.photo01.quicklook.default-245x145.jpg
Vente aux enchères des actifs d’Ioukos retransmise sur grand écran au siège du groupe le 4 avril 2007 à Moscou (Photo : Natalia kolesnikova)

“Eni rend service à Gazprom. Ils ont un accord selon lequel Gazprom va bientôt commencer à fournir les clients italiens en gaz, et en échange s’est vu promettre un accès dans des actifs de production de gaz russes”, souligne Alexandre Bourganski, analyste de la société d’investissement Renaissance.

Les analystes de la banque MDM sont du même avis: “Gazprom a réussi à faire d’une pierre deux coups: acheter les 20% dans Gazprom Neft, et conclure un accord avec Eni qui pourrait s’avérer très satisfaisant pour les deux partenaires”.

“A notre avis, il pourrait y avoir de nouveaux développements dans cette histoire de gaz, y compris un potentiel échange d’actifs entre Eni/Enel et Gazprom”, poursuivent-ils.

Eni lui-même a indiqué peu après la vente avoir accordé pour 3,7 milliards de dollars une option d’achat sur les 20% dans Gazprom Neft, ainsi qu’une option d’achat sur 51% des trois sociétés Arktikgaz, Ourengoïl et Neftegaztechnologia.

Gazprom n’était pas joignable dans l’immédiat pour dire si et quand il compte faire usage de l’option. Mais selon l’agence Ria Novosti, son vice-président Alexandre Medvedev, a déclaré mercredi que Gazprom “obtiendr(ait) au moins 51% des actifs auprès d’Eni. Quant aux actifs gaziers, nous y entrerons sans doute”.

Quant à Rosneft, qui s’est dit intéressé par “pratiquement” tous les actifs de production de Ioukos, il demeure favori pour ceux de Sibérie occidentale, qui seront mis en vente dans les semaines qui viennent, selon les analystes.

Le produit des ventes aux enchères doit servir à éponger les dettes de Ioukos, évaluées à 20,7 milliards d’euros répartis entre 68 créanciers. L’essentiel des actifs encore entre les mains de Ioukos aura été vendu d’ici août 2007.

 04/04/2007 15:59:00 – © 2007 AFP