[03/03/2007 17:35:14] PARIS (AFP) Les deux patrons d’EADS Louis Gallois et Thomas Enders plaident pour une réforme de la gouvernance du groupe européen maison mère d’Airbus, en critiquant le principe de la coprésidence franco-allemande et l’ingérence des Etats dans la vie de l’entreprise. MM. Gallois et Enders se sont exprimés samedi dans plusieurs journaux, trois jours après l’annonce du plan de restructuration d’Airbus, qui prévoit notamment la suppression de 10.000 emplois et la cession de six sites sur 16. L’annonce de ces mesures drastiques, qui ont provoqué un tollé politique et syndical, avait été retardée d’une semaine en raison de désaccords franco-allemands sur les efforts à consentir et la répartition des tâches au sein du groupe. Dans un entretien au Financial Times, M. Gallois s’est plaint de l’ingérence des gouvernements dans l’élaboration du plan. “J’ai été très surpris de voir que chaque gouvernement, britannique, français, allemand et espagnol, disait +nous voulons la meilleure part du gâteau, nous voulons les composites, la haute technologie et ainsi de suite+”, a-t-il expliqué. “Nous sommes dans le même bateau (…) et les conflits nationaux sont un véritable poison pour cette compagnie”.
Reconnaissant qu’aucun Etat ne peut ignorer Airbus ou EADS, il a dit “préférer” que les gouvernements “n’interfèrent pas avec la gestion de la compagnie”. Allant encore plus loin, M. Enders a suggéré une évolution de l’actionnariat en affirmant au magazine allemand Focus à paraître lundi qu’il “préfèrerait une entreprise sans participation de l’Etat”. Le capital d’EADS est partagé entre actionnaires français et allemands (22,5% du capital chacun), privés et publics, notamment l’Etat français (15%) et des Länder allemands au sein d’un consortium. Mais en vertu du pacte d’actionnaires signé lors de la création du groupe en 2000, ce sont les actionnaires privés –Lagardère et DaimlerChrysler– qui ont le pouvoir de gestion. Cela n’empêche pas les responsables politiques d’intervenir, notamment depuis le début de la crise à Airbus liée aux retards de l’avion géant A380. “Je ne suis pas un défenseur de notre double présidence”, explique aussi M. Enders. “Louis Gallois, comme moi, préfèrerions être le seul chef dans le ring”. Pour M. Gallois, l’organisation actuelle crée “un camp français et un camp allemand”. Le groupe peut “vivre avec”, a-t-il dit dans le Süddeutsche Zeitung, mais “à l’avenir, nous devons faire en sorte qu’EADS et Airbus soient des entreprises normales”.
Jeudi, le Premier ministre français Dominique de Villepin avait récusé l’argument de “l’impuissance des politiques”, et le gouvernement allemand avait exprimé sa volonté d’engager de nouvelles discussions avec la direction d’Airbus pour préserver le plus d’emplois possibles. Parallèlement, alors que des Etats régionaux allemands sont entrés au capital d’EADS, huit régions françaises ont exprimé leur souhait d’acquérir 5 à 10% du groupe. Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes et candidate socialiste à la présidentielle, a proposé la remise à plat de la gestion d’Airbus. Elle discutera de ce dossier en début de semaine prochaine avec la chancelière allemande Angela Merkel. Le candidat UMP Nicolas Sarkozy a lui estimé que le problème d’Airbus n’était pas “un problème franco-allemand” mais “d’actionnariat”. Dénonçant les “interventions à grands spectacles” des politiques, l’Appac, une association d’actionnaires individuels, a apporté samedi son “soutien total” à M. Gallois, ajoutant qu’ils “participeraient à toute augmentation de capital nécessaire à l’avenir de cette grande société”. |
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