De la Faculté des sciences de Tunis à l’Institut national italien d’astrophysique, Mayssa El Yazidi a construit son parcours dans la géologie planétaire.
En juin 2026, une étude scientifique dont elle est la première auteure a présenté une cartographie d’une région de Mercure et identifié 38 cibles potentielles pour la mission spatiale BepiColombo.
Derrière cette contribution internationale, une trajectoire marquée par les obstacles au financement de la recherche et la détermination à poursuivre une spécialisation rare.
Mercure, planète rocheuse dont la surface conserve les traces de nombreux impacts et transformations géologiques. Visuel d’illustration.
Mercure, une nouvelle étape scientifique
En juin 2026, la revue Journal of Geophysical Research: Planets publie une étude consacrée à la cartographie géologique de la moitié occidentale du quadrangle Eminescu (H09), sur Mercure. Mayssa El Yazidi en est la première auteure, aux côtés de chercheurs appartenant à plusieurs institutions scientifiques internationales.
Les travaux reposent notamment sur les données recueillies par la sonde américaine MESSENGER. Ils permettent de distinguer différentes unités de terrain, d’identifier des cratères et des structures tectoniques et de mieux comprendre l’évolution géologique de cette région.
L’étude propose également 38 sites géologiques susceptibles de constituer des cibles scientifiques pour BepiColombo, mission conjointe des agences spatiales européenne (ESA) et japonaise (JAXA). Ces propositions doivent contribuer à orienter les futures investigations de la surface de Mercure.
Cette publication marque une étape importante dans le parcours de la chercheuse tunisienne, dont les travaux s’inscrivent dans un programme international de cartographie planétaire.
Pour comprendre ce parcours, il faut revenir à Tunis, en 2011. Étudiante en géologie à la Faculté des sciences de Tunis, Mayssa El Yazidi découvre plus précisément les sciences planétaires à travers ses enseignements universitaires.
Elle rejoint le club d’astronomie de sa faculté et développe progressivement son intérêt pour l’étude des autres corps du système solaire.
Après une licence obtenue en 2014, elle décroche un mastère en 2016. Ses premiers travaux universitaires portent notamment sur la géologie comparée des corps célestes, puis sur celle de Mars.
Mais poursuivre dans cette spécialité représente un défi. En 2017, dans un entretien accordé à l’Initiative africaine pour les sciences des planètes et de l’espace, elle décrit les difficultés rencontrées pour accéder à un programme doctoral spécialisé à l’étranger.
Le chiffre résume une partie des obstacles rencontrés : 158 candidatures préparées pour obtenir une bourse de mastère ou de doctorat dans plusieurs pays.
La chercheuse raconte notamment avoir identifié, en janvier 2017, un projet de thèse à Grenoble consacré à la géologie martienne. L’absence de financement empêche toutefois sa concrétisation.
L’année suivante, une nouvelle possibilité apparaît en Italie. En 2018, Mayssa El Yazidi obtient une bourse au Centre d’études et d’activités spatiales Giuseppe Colombo (CISAS), à l’Université de Padoue, pour des travaux sur Mars. À la fin de cette même année, elle reçoit une bourse doctorale dans le domaine des sciences, technologies et mesures spatiales.
Son parcours scientifique se poursuit ensuite dans l’environnement de recherche italien. Son affiliation à l’Institut national italien d’astrophysique (INAF), à Bologne, figure dans sa publication de 2026.
La géologie planétaire consiste à analyser les reliefs, les cratères, les fractures et les dépôts présents à la surface des corps célestes.
Dans le cas de Mercure, les images spatiales permettent d’étudier les traces laissées par les impacts et les mouvements de la croûte planétaire. La cartographie constitue ainsi un instrument scientifique pour reconstituer les transformations anciennes de la planète.
Les recherches publiées en 2026 montrent comment des données recueillies par une mission passée peuvent servir à préparer les investigations d’une nouvelle mission.
Il ne s’agit donc pas seulement de produire une carte, mais de fournir une base d’analyse aux équipes scientifiques qui poursuivront l’exploration de Mercure.
Transmettre la passion des sciences spatiales
Le parcours de Mayssa El Yazidi ne se limite pas à ses travaux universitaires.
Avant son départ pour l’Italie, elle participe à plusieurs initiatives de sensibilisation à l’astronomie en Tunisie. En 2017, elle organise notamment une activité de formation et d’observation astronomique dans le Sud tunisien, accompagnée de six étudiants, malgré l’absence de financement extérieur.
Cette expérience illustre la place accordée à la transmission scientifique dans son parcours.
Son itinéraire pose également une question plus large : comment développer, à partir des formations universitaires tunisiennes, des parcours de spécialisation dans des disciplines scientifiques internationales ?
La réussite d’une chercheuse ne suffit pas, à elle seule, à mesurer les capacités d’un système national de recherche. Elle montre néanmoins comment une formation initiale en Tunisie, poursuivie dans des laboratoires étrangers, peut contribuer à une production scientifique internationale.
De Tunis à Padoue, puis aux recherches sur Mercure, Mayssa El Yazidi a franchi plusieurs étapes pour travailler sur les planètes qu’elle étudiait déjà à l’université. Sa trajectoire rappelle que l’exploration spatiale se construit aussi dans les salles de cours, les laboratoires et les collaborations scientifiques.
Repères biographiques
| Année | Étape |
|---|---|
| 2011 | Intègre le club d’astronomie de la Faculté des sciences de Tunis |
| 2014 | Obtient sa licence en géologie |
| 2016 | Obtient son mastère, avec un mémoire consacré à Mars |
| 2017 | Témoigne de ses 158 candidatures pour poursuivre ses études à l’étranger |
| 2018 | Obtient des bourses de recherche puis de doctorat au CISAS de Padoue |
| 2026 | Publie, avec des collaborateurs, une cartographie géologique d’une région de Mercure |


