La production industrielle tunisienne a progressé de 2,9 % au premier semestre 2026, selon l’INS. Mais les fortes divergences entre branches soulèvent une question essentielle : les secteurs qui avancent entraînent-ils suffisamment leurs fournisseurs locaux ?

L‘industrie tunisienne progresse, mais toutes ses composantes ne suivent pas le même rythme. Derrière la hausse de 2,9 % de la production industrielle enregistrée au premier semestre 2026 se dessinent des trajectoires sectorielles contrastées. Une situation qui invite à regarder au-delà des performances globales pour examiner les liens entre les grandes filières et leurs sous-traitants nationaux.

Une croissance industrielle très inégale

Selon l’Institut national de la statistique, les industries mécaniques et électriques ont enregistré une progression de 4 % sur les six premiers mois de 2026, par rapport à la même période de 2025.

À l’inverse, le textile, l’habillement et le cuir reculent de 3,4 %, les industries chimiques de 9,2 % et l’énergie de 4 %.

D’autres branches soutiennent néanmoins l’activité : les industries agroalimentaires progressent de 9,3 % et le raffinage du pétrole de 123,4 %, cette dernière évolution étant liée, selon l’INS, à une reprise après plusieurs interruptions de production l’année précédente.

Ces résultats confirment une croissance différenciée. Ils ne permettent cependant pas d’identifier les entreprises qui en bénéficient, ni de mesurer ses retombées sur les fournisseurs tunisiens.

La croissance industrielle en Tunisie bénéficie-t-elle aux PME sous-traitantes ?Les données de l’INS montrent une hausse de 2,9 % de la production industrielle tunisienne au premier semestre 2026, mais ne permettent pas de mesurer ses retombées sur les PME sous-traitantes. Pour répondre, il faut connaître les achats locaux des industriels, les contrats attribués aux fournisseurs tunisiens et leur évolution.

La question décisive des achats locaux

Le véritable enjeu pourrait se situer dans l’organisation des chaînes de valeur.

Lorsqu’une entreprise industrielle augmente sa production, les retombées nationales dépendent notamment de la provenance de ses composants, de ses matières premières et des prestations qu’elle achète.

Une progression des commandes peut donc soutenir les PME tunisiennes lorsqu’elles participent à ces chaînes d’approvisionnement. À l’inverse, un recours accru à des intrants importés pourrait limiter la diffusion locale de cette croissance.

Il s’agit toutefois de mécanismes possibles, et non de tendances démontrées pour la Tunisie en 2026.

Les données commerciales soulignent l’importance des échanges avec l’extérieur : sur les huit premiers mois de 2026, les exportations atteignent 44,67 milliards de dinars et les importations 62,53 milliards, selon l’INS.

Ces montants ne permettent pas, à eux seuls, d’établir quelle proportion des composants utilisés par les industriels exportateurs est achetée à l’étranger.

Une fragilisation ou une montée en gamme ?

Deux évolutions restent envisageables.

La première serait celle d’une industrie dynamique mais insuffisamment connectée à son environnement productif national, avec un risque de marginalisation pour certains sous-traitants.

La seconde serait celle d’une montée en gamme des fournisseurs tunisiens, stimulée par les besoins des filières en croissance.

Pour départager ces hypothèses, il faudrait connaître l’évolution des achats locaux, les contrats attribués aux PME et la part de valeur ajoutée créée en Tunisie.

La question centrale n’est donc pas seulement de savoir combien l’industrie produit, mais quelle part de cette croissance circule réellement dans le tissu productif national.

À ce stade, la divergence entre branches est établie. La rupture des chaînes de sous-traitance, elle, reste une hypothèse à vérifier.

Chiffres clés

  • +2,9 % Production industrielle totale
  • +4 % Industries mécaniques et électriques
  • −3,4 % Textile, habillement et cuir
  • −9,2 % Industries chimiques
  • +9,3 % Industries agroalimentaires
  • 4 % Énergie

Source : INS, évolution de la production industrielle au premier semestre 2026 en glissement annuel.

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