De l’Algérie à l’Allemagne en passant par la Tunisie, l’Italie et l’Autriche : le corridor SoutH2 dessine une nouvelle route énergétique entre l’Afrique du Nord et l’Europe. Encore en développement, cette infrastructure pourrait surtout donner à la Tunisie une position stratégique dans la future économie méditerranéenne de l’hydrogène.

L’Europe prépare une nouvelle artère énergétique sur son flanc sud. Baptisé SoutH2 Corridor, le projet doit permettre d’acheminer de l’hydrogène renouvelable produit notamment en Afrique du Nord vers les grands pôles de consommation européens.

Son tracé donne à la Tunisie une place particulière : située entre les capacités de production envisagées en Algérie et la porte d’entrée italienne vers l’Europe centrale, elle constitue l’un des maillons nord-africains du dispositif. La Commission européenne présente explicitement la Tunisie et l’Algérie comme les deux pays partenaires du corridor au sud de la Méditerranée. Une infrastructure de 3 300 kilomètres

Dans sa configuration actuellement présentée par ses promoteurs, SoutH2 représente environ 3 300 km de canalisations dédiées à l’hydrogène. Plus de 65 % de l’infrastructure devrait provenir de gazoducs existants reconvertis, complétés lorsque nécessaire par de nouvelles installations.

Le consortium évalue à plus de 4 millions de tonnes par an le potentiel d’importation d’hydrogène renouvelable depuis l’Afrique du Nord. Ce chiffre est une capacité projetée et non un flux actuel. Le corridor devrait, selon le calendrier affiché par ses promoteurs, devenir pleinement opérationnel au début des années 2030.

L’infrastructure européenne est portée par quatre opérateurs de réseaux : en Italie, TAG et Gas Connect Austria en Autriche, et bayernets en Allemagne.

Cap Bon, future porte énergétique vers l’Italie

Pour la Tunisie, l’un des développements les plus significatifs concerne la connexion sous-marine envisagée entre Cap Bon et Mazara del Vallo, en Sicile.

Cette infrastructure nord-africaine, développée par SeaCorridor, a été intégrée en 2025 à la liste européenne comme Project of Mutual Interest (PMI). Elle doit constituer la jonction entre les futurs pôles de production nord-africains et le réseau SoutH2 en Europe.

La dimension politique du projet a également franchi une étape le 21 janvier 2025. Réunis à Rome, l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne ont signé une déclaration commune d’intention pour soutenir le développement du Southern Hydrogen Corridor.

La Tunisie, transit ou producteur ?

C’est ici que se situe l’enjeu économique tunisien.

SoutH2 peut faire de la Tunisie davantage qu’un territoire traversé par une infrastructure énergétique. La Commission européenne associe le corridor au développement des énergies renouvelables et de l’hydrogène en Tunisie et en Algérie, ainsi qu’à des investissements et à la création d’opportunités économiques locales. Il s’agit toutefois d’objectifs du projet, et non de retombées déjà constatées.

Des projets de production commencent parallèlement à se positionner sur cette future route. Le projet H2 Notos, étudié dans le sud tunisien par TE H2 et Verbund, envisage par exemple une production initiale de 200 000 tonnes d’hydrogène vert par an, avec un potentiel annoncé pouvant atteindre 1 million de tonnes par an. Son raccordement à SoutH2 est envisagé pour accéder au marché européen.

Pour Tunis, la question économique dépasse donc celle du tuyau. Elle consiste à déterminer quelle part de la chaîne de valeur — production renouvelable, électrolyse, infrastructures, services industriels et emplois — pourra effectivement être implantée dans le pays.

SoutH2 offre à la Tunisie une position géographique stratégique. Transformer cette position en valeur économique locale reste désormais l’enjeu central.

Chiffres clés

  • 3 300 km : longueur annoncée du corridor. South2Corridor
  • > 65 % : part annoncée d’infrastructures réutilisées. South2Corridor
  • > 4 Mt/an : potentiel d’importation d’hydrogène renouvelable affiché par SoutH2. South2Corridor
  • Début des années 2030 : horizon de pleine exploitation annoncé. South2Corridor
  • 5 pays : Algérie, Tunisie, Italie, Autriche et Allemagne ont signé la déclaration politique de janvier 2025. BMWk
  • 200 000 t/an : production initiale envisagée pour H2 Notos en Tunisie, avec un potentiel annoncé allant jusqu’à 1 million de tonnes par an. South2Corridor