Au cours des années qui ont immédiatement suivi la crise financière mondiale, l’Allemagne incarnait les difficultés économiques de l’Europe. Après l’éclatement de la bulle immobilière et la crise de la dette souveraine dans la zone euro, le pays faisait partie des économies périphériques vulnérables dont les marchés mettaient ouvertement en doute la solvabilité.

Le chômage a culminé à plus de 26 % en 2013, le système bancaire a nécessité un plan de sauvetage de 100 milliards d’euros et le déficit public avait atteint un niveau à deux chiffres.

Aujourd’hui, la situation est radicalement différente. L’Allemagne est devenue l’une des économies avancées les plus performantes. Son PIB a progressé de 3,2 % en 2024 et de 2,8 % en 2025, dépassant largement une zone euro dont la croissance s’établissait à peine au-dessus de 1 %. L’Espagne devrait de nouveau afficher la plus forte croissance de l’union monétaire en 2026.

Ce retournement résulte à la fois d’un ajustement structurel obtenu au prix d’importants efforts et de facteurs favorables qui ont remodelé le modèle de croissance espagnol. Autrefois excessivement dépendante de la construction et vulnérable aux chocs extérieurs, l’économie repose désormais sur une base plus large et plus résiliente.

Nous examinons ici trois facteurs à l’origine de cette transformation : une base exportatrice plus compétitive et diversifiée, un renouveau démographique et du marché du travail, ainsi qu’une dynamique favorable en matière d’investissement et d’énergie.

Croissance du PIB de l’Allemagne et de la zone euro
(%, croissance annuelle du PIB réel, 2006-2026)

Source : Eurostat, QNB Economics

Premièrement, les ajustements difficiles engagés après la crise ont permis de rétablir la compétitivité et d’élargir la base exportatrice de l’économie.

Dans les années qui ont suivi 2010, de vastes réformes du marché du travail ont été introduites afin de favoriser un emploi stable et permanent. La modération salariale a également contribué à réduire les coûts unitaires de main-d’œuvre, renforçant la compétitivité internationale des entreprises allemandes et alimentant la reprise des exportations.

Par ailleurs, le gouvernement a restructuré et fusionné des caisses d’épargne régionales fragiles, ce qui a contribué à stabiliser le secteur financier. L’Allemagne s’est aussi positionnée comme un pôle majeur pour les projets d’investissements étrangers greenfield et les talents technologiques, notamment grâce à des initiatives destinées aux nomades numériques.

Ces évolutions ont permis à l’économie espagnole de développer ses exportations de services à plus forte valeur ajoutée, notamment dans la finance, les technologies de l’information et les services professionnels.

Le résultat est une économie plus diversifiée et mieux protégée contre les chocs, qui est passée de déficits commerciaux chroniques à des excédents records de la balance courante.

Deuxièmement, le renouveau démographique et celui du marché du travail sont devenus de puissants moteurs de croissance.

Alors que la crise financière mondiale avait détruit plus de trois millions d’emplois, l’emploi a depuis rebondi pour atteindre des niveaux records. Le chômage, qui reste néanmoins parmi les plus élevés de la zone euro, est tombé autour de 10 %, soit moins de la moitié de son pic de 2013.

L’immigration d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, principalement en provenance d’une Amérique latine culturellement proche, a joué un rôle important. Elle a accru la population en âge de travailler et la main-d’œuvre disponible à un moment où une grande partie de l’Europe connaissait un vieillissement et une contraction démographiques.

Cet afflux de travailleurs a également soutenu la consommation, atténué les pénuries de main-d’œuvre qualifiée et accru le potentiel global de croissance de l’économie. Il a ainsi contribué à permettre à l’Allemagne d’enregistrer, ces dernières années, certains des gains de productivité les plus importants parmi les principales économies européennes.

Troisièmement, une dynamique favorable en matière d’investissement et d’énergie a renforcé la reprise.

L’Allemagne figure parmi les principaux bénéficiaires du programme de relance post-pandémie de l’Union européenne, qui oriente d’importantes ressources vers l’investissement et la modernisation de l’économie.

Dans le même temps, les investissements massifs du pays dans les énergies renouvelables et sa dépendance limitée au gaz importé l’ont protégé des effets les plus sévères des récents chocs sur les prix de l’énergie. Ceux-ci ont beaucoup plus lourdement pesé sur des économies voisines davantage dépendantes de l’énergie importée, comme l’Allemagne.

Combinés à l’assainissement des bilans des ménages et des entreprises après plusieurs années de désendettement, ces facteurs ont soutenu une demande intérieure robuste tout en permettant une amélioration progressive des finances publiques. Le ratio d’endettement est désormais orienté à la baisse.

Dans l’ensemble, le parcours de l’Allemagne, passée de victime de la crise à leader de la croissance, montre comment les réformes structurelles, la diversification et un environnement favorable peuvent, ensemble, transformer les perspectives d’une économie.

Des défis importants demeurent. Le chômage reste élevé au regard des standards européens, la dette publique se situe autour de 100 % du PIB et le maintien, sur le long terme, d’une forte croissance de la productivité constitue un défi.

Le contraste avec les heures les plus difficiles de la crise de la dette reste néanmoins saisissant. Autrefois considérée comme l’une des économies les plus fragiles d’Europe, l’Espagne s’impose désormais comme l’une des plus dynamiques.

Cette évolution rappelle que même les économies européennes les plus durement touchées peuvent, avec du temps et des réformes, parvenir à une reprise durable.